Je te déteste, moi non plus !

Les présidents des deux chambres du parlement assis côte à côte lors de la cérémonie de remise des véhicules aux professeurs émérites des universités du secteur public. Quoi de plus banal. Après tout, direz-vous, Modeste Bahati et Christophe Mboso ont toujours été comme unis par un cordon ombilical tissé par un protocole immuable. Des quasi-frères siamois assis côte à côte lors des innombrables cérémonies de pose des premières pierres par le chef de l’Etat; …
côte à côte lors de l’accueil des visiteurs de marque étrangers et lors des banquets qui s’ensuivent; côte à côte lors des prestations de serment, d’intronisation des juges et tutti quanti… Prenant la pose devant la forêt de caméras des télévisions, échangeant sourires, poignées de main énergiques, de mystérieuses petites phrases susurrées aux creux de l’oreille…
Mais lundi dernier au palais du peuple, il était visible que leurs manifestations ostentatoires d’une entente parfaite sont de l’histoire ancienne. Les deux hommes étaient certes installés comme de tradition, mais ils semblaient planer dans des mondes aux antipodes l’un de l’autre. Visages fermés, corps rigides et crispés pour ne pas risquer que leurs épaules se frôlent; regards fixes droit devant, évitant même de se regarder.
C’est que Mboso et Bahati ont un œuf de taille à peler. Cela ne fait l’ombre d’aucun doute. Et pas besoin d’être un voyant pour déceler l’origine de leur inimitié soudaine. Car au-delà de leur compétition à s’attirer les faveurs exclusives du chef de l’Etat ou de leur lutte pour la prééminence dans la hiérarchie mouvante de l’Union sacrée de la Nation, les observateurs n’ont pas oublié leur passe d’armes sur fond d’un échange de correspondances irrévérencieuses autour de la désignation d’un juge à la Cour constitutionnelle.
Dans ce duel au couteau, Mboso l’avait emporté. Il va donc de soi que l’autre lui garde une dent bien acérée, et affûte patiemment l’arme d’une vengeance qui certainement se dégustera glacée. Bahati, de son côté, a bien besoin de se dépêtrer de son embrouille avec les Nations Unies après des manifestations anti-Monusco de Goma et d’ailleurs, qui ont fait des dizaines de morts, dont des Casques bleus. De violentes manifestations à l’origine desquelles il est accusé d’avoir été le boutefeu après son discours incendiaire appelant la jeunesse à se prendre en charge et à chasser la Monusco. On conçoit donc qu’il n’avait pas le cœur à rire.

Econews

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