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L’ancien chef d’Etat s’invite dans la crise. Nostalgique, Joseph Kabila pense refaire la marche victorieuse de l’AFDL, mais…

Joseph Kabila a fait son retour sur le terrain politique en s’installant lundi à Goma, ville occupée par les rebelles de la coalition AFC/M23. L’ancien chef d’État, absent du pouvoir depuis six ans, multiplie depuis les contacts avec les représentants de la MONUSCO, les responsables humanitaires présents dans la région et ses proches. Cette visite intervient quatre jours après la diffusion d’un message à la nation dans lequel l’ex-président a énoncé douze recommandations pour faire face à la crise. Un discours qui a relancé le débat sur son rôle politique et ses ambitions réelles. Sur place, Joseph Kabila se présente toujours comme un « militaire prêt au sacrifice suprême », selon ses propres termes. Certains observateurs y voient une référence à la marche victorieuse de l’AFDL en 1996, lorsque son père Laurent-Désiré Kabila avait pris le pouvoir après avoir renversé Mobutu. Mais la situation actuelle diffère radicalement. Le Président Félix Tshisekedi dispose toujours du soutien d’une partie importante de la population et peut compter sur une armée qui lui reste fidèle, contrairement à l’époque mobutiste. Les rencontres de Joseph Kabila avec les acteurs internationaux et locaux à Goma montrent sa volonté de se positionner comme un interlocuteur incontournable dans la résolution de la crise congolaise. Reste à savoir quelle suite le pouvoir central entend donner à cette initiative.

L’atterrissage de Joseph Kabila à Goma, lundi dernier, n’est pas un simple déplacement protocolaire. Dans cette ville assiégée par les rebelles de la coalition AFC/M23, chaque geste de l’ancien chef de l’État est un message politique.

Echangeant lundi à Goma avec des officiels de la MONUSCO et des responsables humanitaires, l’homme qui a dirigé la RDC pendant 18 ans renoue avec un terrain qu’il connaît bien : celui des crises et des calculs à plusieurs niveaux.

Six ans après avoir quitté le pouvoir, Joseph Kabila n’a jamais vraiment disparu. Mais aujourd’hui, il est plus que jamais présent. Son récent message à la nation, diffusé vendredi dernier, contenait douze recommandations qui ont fait l’effet d’une bombe dans les cercles politiques congolais. Certains y voient une feuille de route pour un éventuel retour, d’autres une tentative de s’imposer comme un acteur incontournable dans la résolution de la crise actuelle.

Un retour en maître sur la scène politique

Depuis son arrivée à Goma, Joseph Kabila multiplie les rencontres. Il a échangé avec des représentants des Nations Unies, des acteurs humanitaires, et probablement des figures locales influentes. Ces contacts ne sont pas anodins. Ils lui permettent de se positionner comme un interlocuteur crédible, capable de parler à la fois aux institutions internationales et aux forces vives du pays.

« Kabila sait que Goma est un symbole. En s’y installant alors que la ville est sous pression, il envoie un signal fort : il est encore là, et il compte », analyse un diplomate occidental sous couvert d’anonymat.

Dans son discours, l’ancien président ne cache pas ses ambitions. En se présentant comme un « militaire » prêt au « sacrifice suprême », il rappelle qu’il reste un homme du sérail, capable de mobiliser des réseaux et des fidélités.

1996 vs 2025 : un parallèle dangereux

Certains observateurs notent que Joseph Kabila semble vouloir rejouer le scénario de 1996, lorsque l’AFDL, menée par son père, Laurent-Désiré Kabila, avait marché sur Kinshasa pour renverser Mobutu. À l’époque, le régime était affaibli, l’armée en déroute, et la communauté internationale peu encline à soutenir le vieux maréchal.

Mais en 2025, la donne a changé. Le président Félix Tshisekedi, bien que confronté à une crise sécuritaire majeure, dispose encore d’un certain capital politique et du soutien affiché de l’armée. « Kabila rêve peut-être d’une répétition de l’histoire, mais il fait face à un adversaire bien plus structuré que ne l’était Mobutu à l’époque », souligne un analyste politique basé à Kinshasa.

Quel rôle pour Kabila dans cette crise ?

La question que tout le monde se pose est simple : Que veut vraiment Joseph Kabila ? Car, 18 ans après son départ du pouvoir, Kabila a passé six ans de silence, laissant son successeur Félix Tshisekedi gérer le pays à sa guise.

Mais, il a fallu que le Sénat congolais décidât de lever son immunité pour enfin le revoir au-devant de la scène politique. Le timing choisi n’est donc pas anodin. Est-ce un simple retour médiatique ?

Le plus important est qu’il a déjà réussi à se replacer au centre du débat politique, prouvant qu’il reste un acteur majeur malgré son absence formelle du pouvoir.

Pense-t-il peser dans les prochaines négociations ? Il y travaille apparemment

En s’imposant comme un interlocuteur des humanitaires et de la MONUSCO, il pourrait chercher à influencer les futures discussions sur la stabilisation de l’Est.

Ne se surestime-t-il pas ? Certains craignent qu’il ne prépare un retour au pouvoir, soit par une pression politique, soit en s’appuyant sur des relais sécuritaires.

Du côté du pouvoir actuel, l’arrivée de Kabila à Goma n’a pas été commentée officiellement. Mais dans les couloirs de la présidence, on surveille la situation de près. Félix Tshisekedi sait que son prédécesseur est un fin stratège, capable de retourner une situation à son avantage.

« Le Président Tshisekedi a encore le soutien d’une partie de la population et de l’armée, mais si la crise s’aggrave, Kabila pourrait apparaître comme une alternative », prédit un membre de la Société civile.

Un jeu d’échecs aux enjeux colossaux

Joseph Kabila n’est pas à Goma par hasard. Chaque mouvement, chaque rencontre, chaque déclaration est calculée. Dans une région en proie à la violence et à l’instabilité, il tente de se réinventer en faiseur de paix… ou en faiseur de roi.

A tout prendre, son retour sur le devant de la scène complique encore un peu plus l’équation politique congolaise. Et dans ce jeu à haut risque, tous les coups sont permis.

Econews

Les 12 recommandations de Kabila pour la sortie de crise en RDC

  1. Mettre fin à la dictature, mieux à la tyrannie ;
  2. Arrêter la guerre ;
  3. Rétablir l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire national ;
  4. Restaurer la démocratie, en revenant aux fondamentaux d’un véritable État de droit ;
  5. Rétablir les libertés fondamentales ;
  6. Réconcilier les congolais et reconstruire la cohésion nationale ;
  7. Relancer le développement du pays par la mise en place d’une bonne gouvernance économique, une gestion administrative et financière orthodoxes et une répartition équitable des ressources nationales ;
  8. Relancer le dialogue sincère et permanent avec tous les pays voisins, en vue de la restauration de la paix et du développement durable dans la région ;
  9. Rétablir la crédibilité du pays auprès des partenaires au niveau tant régional, continental, qu’international ;
  10. Neutraliser tous les groupes armés nationaux et rapatrier ces derniers dans leurs pays d’origine ;
  11. Mettre définitivement fin au recours et à l’utilisation des mercenaires ;
  12. Ordonner le retrait sans délai de de toutes les troupes étrangères du territoire  national.