La date du 18 août était pourtant censée marquer une avancée, un premier pas vers la paix en République Démocratique du Congo. Elle n’aura finalement été qu’une ligne de plus dans le scénario tragique et répétitif qui ensanglante l’Est du pays. L’échec des pourparlers entre Kinshasa et la coalition rebelle AFC/M23, médiatisés par le Qatar, n’a surpris personne. Il s’inscrit dans la sinistre routine d’un conflit où les signatures en bas des documents ne valent jamais plus que l’encre utilisée pour les tracer.
Le principe était noble, l’exécution, pathétique. Le 18 juillet, les deux camps, sous l’œil bienveillant de Doha, signaient une déclaration de principes. Une feuille de route pour un mois de négociations. Un mois plus tard, le constat est sans appel : rien. Pire que rien, même. Alors que les diplomates discutaient, les armes, elles, n’ont jamais cessé de tonner. Chaque camp, expert en communication guerrière, accuse l’autre de violer le cessez-le-feu. Le M23 dénonce les attaques gouvernementales; Kinshasa fustige les offensives « quasi quotidiennes » des rebelles. Dans ce duel rhétorique, la seule vérité est sur le terrain : les civils meurent, fuient, et voient leur vie anéantie.
Et c’est là que le drame bascule dans l’absurde. Pendant que les représentants des deux bords affichent, pour les caméras, une « volonté de poursuivre les négociations» – une phrase creuse de plus –, la réalité militaire évolue inexorablement. Le M23 ne dialogue pas, il conquiert. Il consolide ses positions, élargit son emprise, et grignote du territoire jour après jour. Chaque heure de discussion offre ainsi au groupe rebelle un répit précieux pour renforcer son fait accompli militaire. Kinshasa, de son côté, semble englué dans une stratégie de la passivité, espérant une solution miraculeuse importée de Washington ou de Doha. Cette attente n’est pas de la diplomatie, c’est une abdication.
Croire que la paix viendra d’une table de négociation au Qatar, sans un rééquilibrage fondamental sur le terrain, est une illusion dangereuse, voire une complice naïveté. La communauté internationale, une fois de plus, joue les figurants dans un drame où les acteurs locaux et leurs parrains régionaux tiennent les premiers rôles. Le processus de paix devient alors une couverture pratique, un alibi qui permet de dire « on agit » tandis que la guerre continue.
La farce est en effet grossière. Elle l’est pour le peuple congolais, qui endure dans sa chair les conséquences de ce jeu macabre. Elle l’est pour le principe même de la médiation internationale, dont la crédibilité s’effrite à chaque échéance non respectée. Vouloir la paix est une chose. En créer les conditions en est une autre. Cela nécessite une volonté politique inflexible à Kinshasa et une pression internationale qui aille au-delà des belles déclarations.
Aujourd’hui, le calendrier diplomatique est en ruine. La seule horloge qui continue de tourner est celle de la guerre. Et elle avance, inexorablement, au détriment de tout espoir de paix véritable.
Econews

