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Les « Kulunas » défient l’État au cœur de la Gombe, bastion du pouvoir

La commune de la Gombe, sanctuaire du pouvoir congolais où siègent les plus hautes institutions de l’État – Palais de la Nation, Primature, ministères et ambassades –, n’est plus à l’abri du fléau des « Kulunas ». Ces bandes, qui ont osé s’affronter récemment sur l’avenue Batetela à deux pas du Palais de la Nation, réduisent désormais le quartier du pouvoir en zone de non-droit après la tombée du jour. Alors que l’Est du pays affronte l’avancée des groupes armés, la capitale vit sa propre guerre urbaine : des affrontements entre gangs en plein quartier présidentiel, sonnant l’alerte sur un phénomène désormais hors de contrôle. Face à cette situation alarmante, l’opération « Ndobo », lancée par le vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemin Shabani, semble perdre de sa vigueur. Le silence et l’inaction des autorités face à cette crise sécuritaire grandissante inquiètent et exigent une réponse rapide et efficace.

La Gombe, commune symbole du pouvoir et de la stabilité en République démocratique du Congo, est en train de perdre son statut de zone sécurisée. Longtemps épargnée par le phénomène des Kuluna – ces bandes criminelles qui terrorisent les habitants de Kinshasa –, cette partie de la ville, qui abrite les plus hautes institutions de l’État, est désormais le théâtre d’une insécurité grandissante. Les scènes de violence, autrefois cantonnées aux quartiers populaires, se déroulent désormais aux portes du Palais de la Nation, défiant ouvertement l’autorité de l’État.

Kinshasa, mégalopole de près de 15 millions d’habitants, est en proie à une crise sécuritaire multiforme. Si l’attention médiatique se concentre souvent sur les conflits armés dans l’Est du pays, la situation dans la capitale n’en est pas moins alarmante. Ces dernières semaines, des affrontements entre gangs rivaux ont éclaté sur l’avenue Batetela, à quelques pas seulement du siège du pouvoir présidentiel. Des images, diffusées sur les réseaux sociaux, montrent des jeunes armés de machettes et de pierres s’affronter en plein jour, sous le regard impuissant des forces de l’ordre.

« C’est du jamais-vu », s’indigne un habitant de la Gombe. « Avant, on se sentait en sécurité ici. Mais aujourd’hui, même devant les ministères, les Kuluna font la loi. Après une certaine heure, plus personne n’ose circuler », renchérit un autre.

L’échec des stratégies de sécurisation

Face à cette montée en puissance des bandes armées, les autorités ont multiplié les annonces. Le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemin Shabani, avait lancé en grande pompe l’opération « Ndobo », présentée comme une vaste campagne de restauration de l’ordre public. Pourtant, sur le terrain, les résultats sont loin d’être convaincants.

« Les Kuluna sont plus organisés que jamais », explique un policier sous couvert d’anonymat. « Ils connaissent nos méthodes, savent quand et où frapper. Et surtout, ils bénéficient souvent de complicités », révèle-t-il.

Les critiques à l’encontre du gouvernement se font de plus en plus vives. Alors que des moyens considérables sont déployés pour sécuriser les grandes artères et les bâtiments officiels, les bandes criminelles continuent d’opérer en toute impunité, s’attaquant aux passants, aux commerces et même aux véhicules des diplomates.

Gombe, un sanctuaire en voie de fracture

La Gombe, avec ses larges avenues, ses hôtels cinq étoiles et ses bâtiments gouvernementaux, a longtemps été perçue comme la vitrine de Kinshasa. Mais derrière cette façade de modernité, la réalité est tout autre. Les quartiers résidentiels se transforment en zones de non-droit dès la tombée de la nuit. Les expéditions punitives entre gangs rivaux se multiplient, et les habitants vivent dans la peur constante d’être agressés.

« Nous payons des taxes pour la sécurité, mais rien ne change », déplore une gérante d’un restaurant du boulevard du 30 Juin. « Les autorités ferment les yeux. Si même ici, au cœur du pouvoir, on n’est plus en sécurité, où peut-on l’être ? »

Un phénomène aux racines profondes

Au-delà des simples opérations policières, la question des Kuluna renvoie à des problèmes structurels bien plus vastes : chômage massif des jeunes, absence d’opportunités économiques, et surtout, un sentiment croissant d’abandon de la part de l’État.

« Ces jeunes n’ont rien à perdre », analyse un sociologue. « Quand l’État ne remplit pas son rôle, que les écoles et les universités ne débouchent sur aucun emploi, la criminalité devient pour certains la seule issue ».

Si la situation semble désespérée, des voix s’élèvent pour proposer des solutions durables. Certains plaident pour une approche à la fois sécuritaire et sociale, combinant un renforcement des effectifs policiers avec des programmes de réinsertion pour les jeunes en rupture.

« Il ne suffit pas d’arrêter les Kuluna », estime un activiste des droits de l’homme. « Il faut leur offrir une alternative. Sans cela, le cycle de la violence ne fera que se répéter ».

En attendant, les habitants de la Gombe, comme ceux du reste de Kinshasa, continuent de vivre dans l’angoisse. Alors que le pays traverse une période politiquement tendue, avec des élections à l’horizon, la question de la sécurité urbaine pourrait bien devenir un enjeu majeur dans les mois à venir.

Econews