Non bancarisation des frais de fonctionnement des institutions : porte ouverte à la corruption et à la gabegie

Depuis 2012, les agents et fonctionnaires de l’Etat sont payés par voie bancaire. Une opération qui a permis de limiter le saignement dans le fichier paie des agents de l’administration publique. Quant aux frais de fonctionnement des institutions qui représentent plus de 30% du budget de l’Etat, tout se fait en numéraires, obligeant les comptables publics à se promener avec d’importantes masses d’argent. La tentation est grande par rapport à la corruption et à la gabegie financière. Tout se fait dans l’indifférence totale des organes de contrôle, principalement l’IGF (Inspection générale des finances). La dernière vidéo d’une sortie de sacs d’argent qui incrimine à tort le ministre de la Communication et Médias pose, une fois de plus, la nécessité d’accélérer la bancarisation des frais de fonctionnement des institutions. Au nom de la bonne gouvernance.
En procédure d’urgence, le Gouvernement a décaissé plus de 90,8 milliards de CDF pour le fonctionnement des institutions à fin mars 2022. S’il est du droit du ministère des Finances de publier périodiquement les données relatives aux dépenses publiques et particulièrement celles affectées aux frais de fonctionnement de diverses institutions, il se garde de mentionner que lesdites dépenses sont retirées en espèces des chambres fortes de la Banque centrale. D’où l’on assiste au spectacle surréaliste des couloirs des ministères encombrés de sacs d’argent liquide, donnant lieu à des spéculations où la corruption et les détournements reviennent comme un leitmotiv ne donnant lieu à aucune information judiciaire.
Dans son rapport publié sur les «Données relatives à l’exécution des dépenses publiques en mode d’urgence au premier trimestre 2022», le ministère des Finances a indiqué que le Gouvernement congolais a dépensé plus de 90,8 milliards de francs congolais (CDF), soit plus de 45,4 millions de dollars américains, pour le fonctionnement des institutions de la République.
Cette somme représente une pondération de 25,6% des dépenses totales exécutées par le Gouvernement congolais en procédure d’urgence au cours de la période considérée.
Sur l’ensemble des dépenses, celles exécutées en procédure d’urgence ont atteint un volume de 354,589 milliards de francs congolais (CDF), un montant équivalent à 177,25 millions de dollars américains, soit un ratio de 8,76% des dépenses totales exécutées par le Gouvernement au cours de cette période qui sont évaluées à 4 049,93 milliards de francs congolais (CDF).
D’après le ministère des Finances, la publication des données sur l’exécution des dépenses publiques en mode d’urgence, sur une base trimestrielle, s’inscrit dans le cadre des engagements pris par le Gouvernement dans son Programme économique appuyé par la Facilité élargie de crédit du Fonds monétaire international (FMI).
Le même document renseigne également qu’un montant total de 106,6 milliards de francs congolais (CDF), soit plus de 53,3 millions de dollars américains, a été affecté pour les dépenses de fonctionnement des ministères au cours de cette période soit une pondération de 30% des dépenses globales.
Dans son dernier rapport daté du mois de juin 2022, les états de suivi budgétaire (ESB) ont renseigné que les dépenses pour le fonctionnement des institutions ont été exécutées à hauteur de 789,3 milliards de francs congolais (CDF) à fin juin 2022 contre les prévisions budgétaires arrêtées à hauteur de 496,5 milliards de francs congolais (CDF), soit un taux d’exécution budgétaire de l’ordre de 159,0% du montant total attendu.
Hormis les dépenses de fonctionnement des institutions et celles des ministères exécutées en procédure d’urgence au cours cette période, les autres dépenses se présentent comme suit : les prestations (16,5%); les interventions économique, sociale et culturelle (7,6%); les rémunérations (5,9%) et le paiement du service de la dette publique (4,9%).
Les autres types de dépenses exécutées en procédures d’urgence ont représenté 2,2% des dépenses comptabilisées au premier trimestre 2022.

Des décaissements massifs en numéraires
L’impératif de transparence dans la gestion des finances publiques maintes fois évoqué par le Gouvernement Sama Lukonde est grevé à un niveau insoupçonné par la tradition du retrait de montants astronomiques en numéraire. Les frais de mission, les fonds destinés au financement des projets d’infrastructures ou les primes de différentes catégories des fonctionnaires et militaires sont payés en numéraire, alimentant des réseaux mafieux à tous les niveaux.
La bancarisation des dépenses publiques butte en outre sur un manque de volonté politique manifeste. Au moment où les régies financières nationales sont dotées d’outils informatiques conçues pour le traçage des recettes et leur affectation, il est incompréhensible que les experts des finances publiques ferment les yeux sur une pratique ancrée dans les mœurs politiques, laissant la voie ouverte aux vols, détournements et corruption. Le tout dans une impunité assurée.

M.M.F.

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