cimetiere de la gombe

Touche pas à mon cimetière

A Kinshasa, le dicton se vérifie avec une cruauté renouvelée : ce qui commence par un murmure finit souvent par une pelleteuse. Aujourd’hui, la rumeur qui entoure le cimetière de la Gombe n’est plus un simple bruit de couloir, mais un cri d’alarme qui fait trembler les fondations mêmes de notre identité urbaine. Sous couvert de développement ou de besoins fonciers, une main invisible s’apprête à commettre l’irréparable : la spoliation d’un sanctuaire historique.

Le cimetière de la Gombe n’est pas un simple terrain vague que l’on lotit au gré des intérêts privés. C’est une bibliothèque à ciel ouvert. En voulant rayer ce site de la carte, les « fossoyeurs » des affaires foncières ne s’attaquent pas qu’à des tombes; ils s’attaquent à notre mémoire collective.

Comment peut-on imaginer un Kinshasa amputé de la dernière demeure de ses géants ?

Les maîtres du rythme : Effacer la trace de Grand Kallé, de Luambo Makiadi ou de Pepe Kallé, c’est condamner au silence les pères fondateurs de notre rumba, notre patrimoine mondial.

Les sentinelles de la nation : Profaner le repos des généraux Budja Mabe et Lwesha, c’est piétiner le sacrifice de ceux qui ont versé leur sang pour l’intégrité de ce territoire.

Vouloir transformer ce lieu de recueillement en quartiers résidentiels ou en complexes commerciaux est une insulte à la dignité humaine. Une ville qui ne respecte plus ses morts est une ville qui a perdu son âme. Le bétonnage sauvage de la Gombe est le symptôme d’une société où le mètre carré a fini par avoir plus de valeur que le respect des ancêtres et la transmission de l’histoire aux générations futures.

Face à cette menace, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le mouvement « TOUCHE PAS AU CIMETIÈRE DE GOMBE ! » qui embrase la toile n’est pas qu’une simple campagne numérique; c’est le sursaut d’un peuple qui refuse l’amnésie.

Aux autorités : Il est temps de sortir du silence complice ou de l’indifférence. La protection de ce site doit être sacralisée par des actes administratifs irrévocables.

Aux spéculateurs : Sachez que l’histoire ne se vend pas aux enchères.

Le cimetière de la Gombe est le témoin muet de l’évolution de Kinshasa. Si nous laissons les pelleteuses y entrer, nous ne perdrons pas seulement des tombes, nous perdrons la preuve physique de qui nous sommes. Kinshasa se lève, et elle ne se rassoira pas tant que le repos de ses icônes ne sera pas garanti.

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