Ukraine : Poutine reconnaît l’indépendance des régions séparatistes, Washington déclenche les sanctions

La déclaration de Poutine a suscité une vive colère à Washington

Les Etats-Unis ont annoncé lundi des sanctions contre les régions séparatistes de l’Est de l’Ukraine dont le président russe Vladimir Poutine vient de reconnaître l’indépendance, et ont prévenu que d’autres mesures étaient prêtes si nécessaire. Selon Boris Johnson, les entreprises russes pourraient être interdites de commercer en livres et en dollars.

La sanction est immédiate. Alors que le président russe Vladimir Poutine a reconnu lundi l’indépendance des régions séparatistes pro-russes de l’est de l’Ukraine, un acte considéré par Washington comme une «violation flagrante » des engagements internationaux russes, Joe Biden va «publier un décret qui interdira tout nouvel investissement, échange ou financement par des personnes américaines à destination, en provenance ou dans les régions» prorusses de Donetsk et Lougansk, a indiqué sa porte-parole, Jen Psaki. L’Union européenne est également prête à déclencher des sanctions ?

«Nous partons du principe que le président Poutine ne le fera pas, mais s’il le fait, alors je mettrai le paquet de sanctions sur la table des ministres» européens, a averti le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles.

Les accords de Minsk court-circuités

En effet, cette reconnaissance russe des séparatistes vient court-circuiter le processus de paix issu des accords de Minsk de 2015, signé par la Russie et l’Ukraine, sous médiation franco-allemande, et qui visait justement un retour sous souveraineté ukrainienne de ces zones, où vivent environ de trois millions de personnes, selon des estimations. Cette proclamation russe vaut également comme deuxième tentative depuis l’annexion de la Crimée en 2014 par Moscou de modifier les frontières de l’Ukraine.

Vladimir Poutine est imprévisible. Alors qu’un accord de principe semblait acté lundi matin pour une rencontre avec Joe Biden dans les prochains jours pour essayer d’éviter un conflit, la décision du président russe de reconnaître l’indépendance des régions séparatistes pro-russes de l’est de l’Ukraine accentue au contraire le risque d’un conflit.

«Je juge nécessaire de prendre une décision qui aurait dû être prise il y a longtemps – reconnaître immédiatement l’indépendance et la souveraineté de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Louhansk», a déclaré Vladimir Poutine, lors d’une allocution télévisée.

Le président russe a estimé que «si l’Ukraine rejoignait l’Otan, elle constituerait une menace directe pour la sécurité de la Russie». Il a également déclaré que l’Otan lui avait assuré que l’alliance ne s’étendrait pas, indiquant que ses infrastructures s’étendaient toutefois jusqu’aux frontières de la Russie.

La reconnaissance de l’indépendance des régions séparatistes pro-russes de l’est de l’Ukraine pourrait servir de prétexte à Moscou pour justifier une intervention armée, selon le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, qui a condamné cette décision. La Russie dispose de dizaines de milliers de militaires sur le territoire biélorusse. Et les Etats-Unis évaluent le nombre de soldats déployés aux frontières de l’Ukraine entre 169.000 et 190.000.

«Moscou continue d’alimenter le conflit dans l’est de l’Ukraine en apportant un soutien financier et militaire aux séparatistes. Elle tente également trouver un prétexte pour justifier d’une nouvelle invasion de l’Ukraine», a déclaré Jens Stoltenberg.

«Cela porte atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, érode les efforts visant à résoudre le conflit et viole les accords de Minsk», a-t-il ajouté.

Sanctions

Les sanctions américaines ne seront qu’une première salve. D’autres sont prévues en cas d’invasion de l’Ukraine.

«Que cela soit clair: ces mesures sont distinctes et s’ajouteraient aux mesures économiques rapides et sévères que nous avons préparées en coordination avec nos alliés et partenaires si la Russie venait à envahir davantage l’Ukraine», a précisé la porte-parole de Joe Biden dans un communiqué.

Du côté européen, la Commission européenne a préparé des options de sanctions économiques et financières et les services de Josep Borrell des sanctions ciblées permettant de frapper des oligarques proches de Vladimir Poutine.

«Si Vladimir Poutine déclenche une guerre, nous répondrons avec le levier le plus puissant dont nous disposons: des sanctions économiques et financières, car l’économie est le point faible de la Russie», a déclaré dimanche la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, dans une entretien accordé à la chaine de télévision allemande ARD.

«Les sanctions financières signifieraient que la Russie serait pratiquement coupée des marchés financiers internationaux», a-t-elle précisé.

«Les sanctions économiques toucheraient tous les biens dont la Russie a besoin de toute urgence pour moderniser et diversifier son économie, mais qui sont produits par nous, où nous avons une domination mondiale et que la Russie ne peut pas remplacer», a-t-elle ajouté.

«Nous avons un paquet. Il y a différentes mesures et le degré de leur mise en œuvre dépend du niveau d’agression», a précisé Josep Borrell.

«Si une attaque est menée (par des troupes russes) depuis le territoire du Bélarus, avec l’accord, ou l’engagement ou la participation du Bélarus, nous devrons adopter des sanctions» contre Minsk, a-t-il déclaré.

Dimanche, le Premier ministre britannique Boris Johnson a affirmé que Londres et Washington empêcheraient les entreprises russes de «commercer en livres et en dollars» en cas d’invasion russe en Ukraine.

«Nous allons empêcher les entreprises russes de lever des fonds sur les marchés britanniques, et nous allons même, avec nos amis américains, les empêcher de faire des transactions en livres et en dollars», a déclaré le chef du gouvernement britannique dans cette interview enregistrée samedi en marge de la conférence sur la sécurité de Munich. «Ça frappera très très fort», a-t-il averti.

Samedi, Boris Johnson, avait également déclaré que les sanctions britanniques rendraient «impossible» l’utilisation par Moscou de la place financière britannique.

«Nous ouvrirons» les poupées russes des sociétés détenues par la Russie «jusqu’à ce que nous trouvions les ultimes bénéficiaires», a-t-il averti.

Samedi également, le G7 a souligné lui aussi qu’il prendrait des sanctions financières et économiques concertées «sur un large éventail de cibles sectorielles et individuelles qui imposerait un cout sévère et sans précédent à l’économie russe.

Econews avec latribune.fr

Crise en Ukraine : Pékin à fond derrière Moscou et contre Washington

La Chine vole au secours de son allié russe et défend ses positions sur le dossier ukrainien. Un front sino-russe qui inquiète les Occidentaux et notamment les Américains qui voient dans cette alliance de circonstance une occasion pour ces deux puissances d’imposer leurs modèles autoritaires.

         Dans le conflit russo-ukrainien, un pays se tient aux côtés de la Russie : la Chine. Un front sino-russe qui inquiète les Occidentaux et notamment les Américains qui voient dans cette alliance de circonstance une occasion pour ces deux puissances d’imposer leurs modèles autoritaires. Il y a deux semaines, lors de l’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, Vladimir Poutine se tenait aux côtés de son grand ami Xi Jinping. Les Jeux sont terminés, mais l’alliance entre les deux pays est plus forte que jamais. La Chine vole au secours de son allié russe et défend ses positions sur le dossier ukrainien.

         Il faut respecter le point de vue de Moscou, affirme Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, qui en profite pour taper sur l’Alliance atlantique. «L’Otan est le résultat de la guerre froide. Elle doit s’adapter à son époque», a-t-il affirmé. «La guerre froide est terminée depuis longtemps. L’expansion de l’Otan à l’Est serait-elle propice au maintien de la paix et à une stabilité durable en Europe/ ? C’est une question à laquelle nos amis européens doivent sérieusement réfléchir», a conclu Wang Yi.

Un risque pour Taïwan

         Le président chinois est opposé à tout élargissement de l’Alliance atlantique et accuse les États-Unis de souffler sur les braises. À Pékin, on surveille de près l’évolution de cette crise. Car si Vladimir Poutine venait à envahir l’Ukraine, sans réaction des Américains, ce serait considéré comme un feu vert à la prise de Taïwan par la Chine communiste.

Tiré de europe1.fr