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La route de Pretoria ne rassure pas

La diplomatie dans la région des Grands Lacs ressemble décidément à un ballet complexe où chaque pas est calculé et chaque absence parle plus fort que les présences. Le refus catégorique de Kinshasa de participer au pré-dialogue organisé par Thabo Mbeki, en Afrique du Sud, en est la dernière illustration. Ce zapping diplomatique n’est pas un simple caprice, mais révèle une stratégie délibérée de la part des autorités congolaises.

D’abord, il y a la question de la légitimité. Comment Kinshasa pourrait-il s’asseoir à la même table que Corneille Nangaa, chef rebelle dont les troupes tiennent une partie du territoire national sous la menace des armes, sans trahir ses propres principes ?

La présence annoncée de l’ancien président Joseph Kabila ajoute une couche de complexité à ce déjà fragile équilibre. Le Gouvernement de Félix Tshisekedi semble avoir tiré les leçons du passé : on ne mélange pas les processus de paix avec les calculs politiques domestiques.

Ensuite, il y a la real-politik. Les processus de Washington et de Doha bénéficient d’une crédibilité internationale et de mécanismes de suivi concrets. Ils représentent des canaux institutionnels reconnus, avec des engagements vérifiables. Le forum de Mbeki, malgré la stature de son initiateur, peine à se définir : s’agit-il d’une médiation officieuse, d’une plateforme de dialogue ou simplement d’une tribune de plus ?

Cette ambiguïté fondamentale condamnait l’initiative dès son commencement.

Enfin, il y a le message envoyé à la communauté internationale. En choisissant délibérément où investir son capital diplomatique, la RDC affirme sa souveraineté décisionnelle. Le pays n’est plus le terrain de jeu des médiations improvisées où l’on discute de son avenir sans son plein consentement. Cette position ferme pourrait bien créer un précédent salutaire dans une région trop souvent sujette aux initiatives parallèles non coordonnées.

La conférence de Pretoria risque effectivement de n’être qu’un projet mort-né, mais sa véritable leçon réside ailleurs : dans l’affirmation mature d’un État qui choisit ses partenaires de dialogue et refuse d’être le dindon de la farce des diplomaties parallèles.

FK