La sèche réplique d’Éric Tshikuma à Joseph Kabila : « Le Congo ne sera ni soudanisé, ni balkanisé »

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Face à l’annonce de l’ancien chef de l’Etat Joseph Kabila de prendre la tête d’un mouvement rebelle dans l’Est de la République Démocratique du Congo, le député national Éric Tshikuma sort l’artillerie verbale. L’élu de la Funa (Kinshasa) dénonce une menace existentielle contre la souveraineté nationale, fustige ce qu’il considère comme une entreprise de haute trahison et appelle à une mobilisation générale des forces vives de la nation. Son message est sans équivoque : aucune ambition politique ne saurait justifier le démembrement du Congo ni la banalisation de la violence armée.

La réponse est cinglante, le ton résolument patriotique et le message politiquement lourd. Face à l’annonce de Joseph Kabila de prendre la tête d’un mouvement rebelle opérant dans l’Est de la RDC, Éric Tshikuma n’a choisi ni la prudence diplomatique ni les circonlocutions politiques. Le député national, élu de la Funa, dans la ville de Kinshasa, oppose à l’ancien chef de l’État une ligne rouge : l’intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo n’est pas négociable.

« Le Congo ne sera ni soudanisé, ni balkanisé. Le temps de l’impunité pour les traîtres est révolu », lance-t-il sur son compte X, anciennement Twitter. Une déclaration qui sonne comme une mise en garde contre toute tentative de transformer les frustrations politiques et les rivalités de pouvoir en instrument de fragmentation du territoire national.

Derrière cette formule choc, l’élu de la Funa pose un enjeu fondamental : jusqu’où un ancien président peut-il aller dans son opposition à son successeur sans franchir la ligne rouge qui sépare la contestation politique de la remise en cause de l’ordre constitutionnel et de la souveraineté nationale ?

« Ni soudanisation, ni balkanisation » : le refus d’un Congo démembré

En invoquant la « soudanisation » et la « balkanisation », Éric Tshikuma mobilise deux scénarios lourds de sens dans l’imaginaire politique congolais : celui d’un pays déchiré par une guerre prolongée, et celui d’un territoire progressivement fragmenté sous l’effet des conflits, des rivalités régionales et des intérêts extérieurs.

La référence à la soudanisation renvoie aux conséquences dévastatrices des guerres internes, à l’effondrement de la cohésion nationale et aux crises qui peuvent déboucher sur une partition de fait ou de droit. Celle de la balkanisation évoque, quant à elle, le risque de morcellement d’un État au profit de pouvoirs concurrents et de zones d’influence.

Pour le député, l’heure n’est donc plus aux querelles partisanes ordinaires. L’enjeu dépasse l’opposition entre la majorité présidentielle et les camps adverses : il touche à la préservation de la République, à l’unité de ses provinces et au refus de voir la violence armée devenir un moyen de conquête du pouvoir.

Cette mise en garde intervient dans un contexte particulièrement sensible, marqué par l’activisme des groupes armés dans l’Est du pays et par les accusations persistantes de Kinshasa concernant le soutien du Rwanda au M23. Toute nouvelle initiative politico-militaire susceptible de renforcer cette dynamique fait peser le risque d’une aggravation de la crise sécuritaire et d’un nouvel affaiblissement de l’autorité de l’État.

Le message de Tshikuma est clair : le Congo ne doit pas devenir le terrain d’expérimentation des ambitions individuelles, des calculs géopolitiques ou des intérêts économiques qui prospéreraient sur la désintégration de son territoire.

Kabila face à de lourdes accusations de haute trahison

Le député national ne se limite pas à dénoncer le danger d’une fragmentation du pays. Il s’en prend directement à Joseph Kabila, dont il condamne la posture et la responsabilité présumée dans la dynamique de déstabilisation.

« Il est impératif que tout patriote prenne acte de cette confession criminelle, preuve irréfutable de haute trahison de l’ex-Président de la République, Joseph Kabila, leader opérationnel du chaos au service de l’agresseur », déclare-t-il.

Ces propos particulièrement sévères traduisent le degré de gravité avec lequel l’élu de la Funa interprète l’annonce attribuée à l’ancien président. À ses yeux, le passage d’une opposition politique à une éventuelle direction d’un mouvement rebelle constituerait un changement radical de nature : il ne s’agirait plus simplement de contester la gouvernance de Félix Tshisekedi, mais de s’engager dans une confrontation susceptible de menacer l’État congolais.

Sur le terrain politique, la sortie de Tshikuma illustre une conviction de plus en plus présente dans le discours des défenseurs de l’intégrité territoriale : aucun statut passé, aucune fonction exercée au sommet de l’État et aucune ambition de retour au pouvoir ne peuvent placer un acteur au-dessus des obligations attachées à la souveraineté nationale.

Pour Éric Tshikuma, la réponse à une telle menace ne saurait incomber au seul gouvernement. Il appelle à une mobilisation qui dépasse les frontières de la majorité présidentielle et rassemble l’ensemble des forces capables de défendre l’unité nationale.

« Chefs religieux, leaders politiques de tous bords, société civile, activistes, mouvements citoyens… chacun dans sa sphère, a l’obligation patriotique d’agir pour dénoncer et faire échec à cette entreprise de déstabilisation et de destruction durable de notre cher et beau pays », insiste-t-il.

Cet appel vise des acteurs dont l’influence peut peser sur l’évolution de la crise. Les responsables religieux disposent de relais communautaires importants ; les partis politiques peuvent contribuer à isoler les initiatives qui privilégieraient la violence ; les organisations de la société civile et les mouvements citoyens peuvent documenter les abus, sensibiliser les populations et promouvoir une mobilisation pacifique.

Le choix de s’adresser à toutes ces composantes est révélateur. Pour Tshikuma, la défense du Congo doit être une cause nationale, et non une simple opération de communication au bénéfice du pouvoir en place.

L’enjeu est de faire émerger un consensus minimal autour de principes non négociables : le respect de l’intégrité territoriale, la protection des civils, le rejet de la conquête du pouvoir par les armes et la responsabilité de tous les acteurs devant la loi.

« Le camp de la Patrie » : un devoir au-dessus des ambitions personnelles

Éric Tshikuma conclut son intervention par une formule qui résume toute son interpellation : « Face à une telle menace existentielle de notre État, se ranger fièrement dans le Camp de la Patrie est un devoir sacré ».

Le choix des mots n’est pas anodin. En parlant du « Camp de la Patrie », le député cherche à placer la défense de la souveraineté au-dessus des appartenances partisanes, des rivalités de personnes et des calculs électoraux. Il appelle les Congolais à considérer l’unité nationale comme une responsabilité collective.

Cette position pose cependant un défi politique : faire de la défense de la patrie un principe fédérateur plutôt qu’un instrument de division. Le patriotisme ne saurait se réduire à l’adhésion à un camp politique ; il doit se traduire par la protection des citoyens, le respect des institutions, la défense des frontières et le refus de toute violence contre les populations.

En s’attaquant frontalement à Joseph Kabila, Éric Tshikuma entend faire comprendre que l’avenir du Congo ne peut être décidé par les armes ni négocié sur la base de la menace d’un démembrement territorial.

Son avertissement résonne comme une ligne rouge adressée à tous les acteurs de la crise : le pouvoir passe, les dirigeants se succèdent, mais la République démocratique du Congo ne saurait devenir le prix à payer pour les ambitions de ceux qui veulent la gouverner.

Ni soudanisation, ni balkanisation : derrière cette formule, c’est le droit du peuple congolais à vivre dans un pays uni, souverain et en paix qui se trouve au cœur du débat.

Hugo Tamusa

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