Silence assourdissant à Kinshasa pendant qu’Ebola dévore l’Est : le Bas-Uélé, sixième province à tomber

Buta

Alors que la capitale Kinshasa s’enlise dans des débats politiques stériles, l’épidémie à virus Ebola franchit une nouvelle frontière meurtrière. Buta, chef-lieu de la province du Bas-Uélé, enregistre son premier décès. Avec plus de 200 morts en trois mois, cette épidémie pourrait devenir la plus dévastatrice de l’histoire.

Pendant que les projecteurs de la capitale sont braqués sur les manœuvres politiques et les supputations autour d’un hypothétique référendum, un silence de plomb s’abat sur l’Est du pays.

Pendant ce temps, Ebola frappe à une nouvelle porte. Le Bas-Uélé est officiellement la sixième province congolaise à succomber sous la vague du virus. L’annonce, tombée jeudi des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), devrait ébranler les consciences.

En effet, un homme est décédé à Buta, le chef-lieu, après avoir voyagé depuis Isiro, dans le Haut-Uélé voisin. L’information, confirmée par les autorités sanitaires congolaises, est un signal d’alarme.

Cette province, vaste territoire du nord-est frontalier de la République centrafricaine et théâtre de violences armées récurrentes, était jusqu’ici épargnée. Elle rejoint désormais le Haut-Uélé, l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Tshopo dans ce qui est décrit comme « l’épidémie qui se propage le plus rapidement à ce jour ».

Un bilan sidérant qui dépasse déjà les pires scénarios

Le bilan est effarant. Plus de 200 morts pour plus de 400 cas, selon les derniers chiffres officiels. Ce cap a été atteint près de trois fois plus vite que lors de la pire épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016. L’épidémie de 2018-2020, jusqu’ici la plus meurtrière pour la RDC avec près de 200 morts, est sur le point d’être dépassée en un temps record.

Mais la réalité est bien pire encore. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé que le séquençage génétique indique que l’épidémie a en fait commencé plusieurs mois avant la déclaration officielle du 15 mai, dès le mois de février. Le Ministre national de la Santé lui-même admet que « le pic n’a pas encore été atteint ». « Nous courons après le virus. Le virus a une longueur d’avance sur nous », alertait le Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique.

La recherche des contacts : un pilier de la riposte qui s’effondre

Le constat est alarmant : entre 60 % et 70 % des nouveaux cas sont recensés en dehors des contacts faisant l’objet d’un suivi. Autrement dit, la recherche des contacts, pilier de la riposte, est devenue quasi obsolète. Le concept est « inutile », a même tranché Jean Kaseya, Directeur de « Africa CDC ».

En cause ? La défiance des communautés, la négation de la maladie, la grogne sociale des professionnels de santé qui se mettent en grève pour des salaires impayés, et l’absence de traitement et de vaccin adapté à la souche Bundibugyo. Une combinaison fatale qui transforme chaque jour un peu plus l’est du Congo en poudrière sanitaire.

Des chiffres officiels qui masquent l’horreur

L’ampleur réelle de la catastrophe est largement sous-estimée par les statistiques gouvernementales. Près de 70 % des malades décèdent à leur domicile, échappant aux données hospitalières, tandis que leurs corps restent hautement contagieux. Le drame est aggravé par des conditions de riposte qualifiées de « lentes et inefficaces » par le virologue Jean-Jacques Muyembe, co-découvreur du virus en 1976.

Et pendant que l’Ituri concentre 90 % des cas, l’axe routier menant au Soudan du Sud, situé à seulement 35 kilomètres de la frontière, est désormais touché. La menace de propagation régionale est plus que jamais une épée de Damoclès.

Kinshasa détourne le regard pendant que l’Est brûle

Pendant que le Bas-Uélé s’effondre et que l’épidémie s’emballe à un rythme « alarmant », Kinshasa continue de tourner le dos à la tragédie. Les débats sur le référendum et le Dialogue national occupent tous les esprits, comme si la mort de milliers de Congolais n’était qu’un bruit de fond négligeable.

Mais le virus, lui, ne négocie pas. Il ne connaît ni frontières politiques, ni calculs électoraux. Il frappe, tue, et progresse. Pendant que la capitale s’agite dans des querelles stériles, les familles de l’Est enterrent leurs morts dans l’indifférence générale.

Le temps des manœuvres politiques est un luxe que la RDC ne peut plus s’offrir. La vie de millions de Congolais est en jeu. Et le compteur, lui, ne cesse de tourner.

Econews

 

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