
Plus de flou, plus de chiffres magiques. Pour la première fois, le ministère de l’Économie pose un cadre clair sur les pertes et manques à gagner (PMAG) des pétroliers. Et le montant est là : 146,7 millions de dollars pour le seul deuxième trimestre 2026. Derrière ce chiffre, une volonté affichée du VPM Daniel Mukoko de nettoyer un secteur longtemps miné par l’opacité et les arrangements de couloir. La transparence n’est plus une option : c’est désormais une ligne rouge.
Les temps changent dans le secteur pétrolier congolais. Alors que par le passé les PMAG faisaient office de variable d’ajustement sans contrôle réel, le Gouvernement Suminwa 2, sous l’impulsion du ministre de l’Économie, a imposé une certification rigoureuse. Plus question de laisser les opérateurs du secteur fixer eux-mêmes leurs pertes sans débat ni vérification contradictoire. La donne a changé, et les pétroliers le savent désormais.
Les 13 et 14 août 2026, le Comité de Suivi des Prix des Produits Pétroliers (CSPPP) a procédé à la certification des comptes des sociétés pétrolières pour le compte du deuxième trimestre de l’exercice en cours. Ces travaux, conduits dans un climat de rigueur inédit, ont porté sur les quatre zones d’approvisionnement du pays.
Les résultats sont sans appel : Zones Ouest et Nord : 110.427.792,32 dollars américains de pertes ; Zone Est : 5.107.737 dollars américains ; Zone Sud : 31.188.382,63 dollars américains.
Soit un total global de 146.723.912,42 dollars américains de pertes et manques à gagner pour l’ensemble du territoire national. Un chiffre colossal, certes, mais désormais certifié, vérifié et rendu public. Une première dans un secteur où les chiffres étaient jusqu’ici souvent jetés en pâture sans aucun contrôle sérieux.
Mais ce qui frappe davantage, ce n’est pas seulement le montant. C’est la méthode. Fini les arrangements opaques entre opérateurs et fonctionnaires peu scrupuleux. Les travaux de certification ont réuni autour de la table toutes les parties prenantes : Engen, Cobil SA, Lerexcom, SEP Congo, TotalEnergies, GPDPP, SPSA Cobil et SOCIR. Ont également pris part aux échanges les représentants de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), de la Direction générale des Douanes et Accises (DGDA), de la Présidence de la République, de la Primature, du ministère des Hydrocarbures et du ministère du Portefeuille. Une transparence totale, une première dans l’histoire récente du secteur.
Assainir ou rien, le pari d’un VPM déterminé
Daniel Mukoko ne cache pas sa ligne directrice : assainir le secteur ou ne rien faire. Et le VPM de l’Économie a choisi la première option, quitte à bousculer des habitudes bien ancrées. Arrivé à la tête d’un ministère stratégique, il a fait de la transparence dans la gestion des subventions pétrolières son cheval de bataille.
Et pour cause : le contexte international est brutal. Une crise géopolitique majeure dans le Golfe persique a provoqué une flambée historique des cours du pétrole. En moyenne, les prix internationaux ont grimpé de 63 % pour l’essence, 82 % pour le gasoil et 88 % pour le Jet A1/Kérosène. Un choc extérieur d’une rare violence qui aurait pu désorganiser tout le pays, provoquer des pénuries et plonger des millions de Congolais dans une crise énergétique sans précédent.
Face à cette tempête, le Gouvernement a fait un choix politique fort : protéger le pouvoir d’achat des Congolais en gelant les prix à la pompe. Pas question de répercuter la hausse internationale sur les ménages déjà fragilisés par l’inflation et la cherté de la vie. Un choix louable sur le plan social, mais extrêmement coûteux sur le plan financier. C’est là que la gestion rigoureuse de Mukoko prend tout son sens.
Des avances financières pour tenir la chaîne d’approvisionnement
Pour absorber ce choc sans casser la chaîne d’approvisionnement, le VPM de l’Économie a mis en place un mécanisme innovant : le paiement d’avances financières aux sociétés pétrolières et, nouveauté, aux sociétés logistiques. L’objectif est clair : éviter que les opérateurs ne cessent leurs activités faute de trésorerie, ce qui aurait entraîné des ruptures de stock dans tout le pays.
Cette stratégie, saluée par tous les acteurs du secteur, a permis de maintenir la fluidité de la chaîne d’approvisionnement dans des conditions pourtant extrêmement tendues. Le coordonnateur du Comité de Réglementation des Prix des Produits stratégiques (CRP) a d’ailleurs souligné que « la rigueur dans l’utilisation rationnelle des ressources des lignes de stock de sécurité a permis de réduire sensiblement le niveau réel des PMAG T2 ». Autrement dit, sans cette gestion serrée, les pertes auraient été bien plus élevées.
Une bouffée d’oxygène pour les opérateurs, qui ont pu continuer à approvisionner le pays en carburant sans interruption. Mais aussi un signal fort envoyé au secteur : l’État est prêt à soutenir, mais il exige des comptes.
Les pétroliers saluent une gestion qui change la donne

Du côté des professionnels du secteur, le ton est résolument positif. Joseph Makondo Maboko, président du Comité Professionnel des Pétroliers Nationaux (CPPN) à la FEC, s’est félicité du bon déroulement des travaux de certification. Mais au-delà des formules de courtoisie, ses propos en disent long sur la méthode Mukoko.
« Le processus de certification s’est bien déroulé et les conclusions sont positives. L’octroi d’avances par le ministère de l’Économie nationale a permis aux sociétés pétrolières de fonctionner dans de bonnes conditions. Sans cet accompagnement, nous aurions pu enregistrer des pertes beaucoup plus importantes », a-t-il déclaré.
Un constat partagé par l’ensemble des acteurs présents à la table de certification. Pour la première fois, les pétroliers reconnaissent que l’État a joué son rôle de régulateur avec efficacité et responsabilité. Une petite révolution dans un secteur habitué à naviguer en eaux troubles.
L’État paie, mais exige des comptes : la nouvelle règle du jeu
En clair, la nouvelle règle est simple : l’État paie, mais exige des comptes. Fini les subventions distribuées sans contrôle, fini les pertes déclarées sans vérification contradictoire. Daniel Mukoko impose une gestion à la fois solidaire – pour maintenir l’approvisionnement du pays – et disciplinée – pour mettre fin à l’hémorragie financière qui plombe le budget de l’État depuis des années.
Ce n’est pas une simple réforme technique. C’est un changement de culture. Dans un pays où la gestion des subventions pétrolières a longtemps été un sujet tabou, où les chiffres variaient selon les interlocuteurs et les intérêts en présence, le VPM de l’Économie a posé un acte fort. Celui de la transparence assumée.
Le Gouvernement s’est d’ailleurs engagé à apurer progressivement ces PMAG, en s’appuyant sur ce nouveau cadre de certification. La route est encore longue, mais le cap est fixé. Et il n’y aura pas de retour en arrière.
Le Gouvernement promet désormais d’apurer progressivement ces PMAG, en s’appuyant sur le nouveau cadre de certification désormais rodé. Les prochains trimestres seront décisifs pour évaluer la pérennité de ces réformes et leur impact sur les finances publiques.
Mais une chose est sûre : avec Daniel Mukoko aux commandes, les pétroliers savent désormais qu’ils devront jouer cartes sur table. Finies les pratiques anciennes, place à la transparence.
Le message est passé : au ministère de l’Économie, l’ère du flou est terminée.
Econews


Soyez le premier à commenter