
L’ancien Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba a livré un témoignage poignant à la mémoire de Jean-Gualbert Nyembo Shabani, figure tutélaire de la scène politique et administrative congolaise, dont la disparition plonge le pays dans une profonde émotion. Dans un message où se mêlent la gratitude personnelle et le souvenir d’une époque, le chef du gouvernement honoraire rend hommage à celui qu’il désigne comme le « dernier de ses mentors en politique », un homme d’État au caractère trempé, dont l’intégrité et la rigueur ont marqué des générations de responsables publics. Sylvestre Ilunga conclut son vibrant plaidoyer en adressant une pensée solennelle à l’épouse, aux enfants et à la communauté katangaise, saluant la mémoire d’un géant dont l’héritage politique et humain continuera d’inspirer la République. Témoignage.
L’ancien Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba a rendu un vibrant hommage à Jean Nyembo Shabani, figure politique et scientifique marquante de l’histoire de la République Démocratique du Congo, dont le décès suscite une vive émotion au sein de la classe politique nationale.
Dans un message empreint d’émotion et de souvenirs personnels, M. Ilunga décrit le disparu, affectueusement, surnommé « Mkubwa Jean », comme « le dernier de ses mentors en politique ».
« J’ai appris avec une grande tristesse la nouvelle du décès de Mkubwa Jean, comme nous l’appelions tous affectueusement », écrit-il en préambule de son témoignage.
Un acteur décisif de son entrée en politique
L’ancien chef du gouvernement revient sur les circonstances qui ont marqué ses débuts dans la vie politique nationale à la fin des années 1970. Selon lui, Jean Gualbert Nyembo Shabani fait partie du cercle restreint de personnalités katangaises qui l’ont convaincu de s’engager en politique à la suite du refus du professeur Lukombe Nghenda d’intégrer le gouvernement de N’Singa Udjuu en 1979.
Face aux enjeux de représentation politique du Katanga à cette époque, plusieurs notables de la région avaient alors entrepris des consultations dont l’issue permit à Sylvestre Ilunga de rejoindre l’équipe gouvernementale.
Quarante ans plus tard, en 2019, lors des négociations complexes entre les plateformes FCC et CACH pour la désignation du Premier ministre, Jean Gualbert Nyembo Shabani a de nouveau joué un rôle déterminant dans son accession à la Primature.
« Il était alors le dernier survivant de mes mentors de 1979 », souligne l’ancien Premier ministre.
Une personnalité attachée aux principes
Au-delà de son parcours politique, Sylvestre Ilunga dresse le portrait d’un homme reconnu pour sa simplicité, sa générosité et sa rigueur morale.
« Dans la vie privée comme au gouvernement, Mkubwa Jean demeurait un homme simple et accessible, généreux, mais intransigeant sur les principes », témoigne-t-il.
Profondément attaché à son identité katangaise, Nyembo Shabani se distinguait également par son franc-parler. L’ancien Premier ministre rappelle notamment un échange resté célèbre avec le président Mobutu. Alors que ce dernier lui reprochait de ne jamais s’exprimer en lingala, Nyembo Shabani lui aurait répondu avec humour : « Moi non plus, je ne vous ai jamais entendu prononcer un seul mot de swahili. C’est pour cela que la langue officielle est le français. »
Un technocrate respecté
Sylvestre Ilunga évoque également l’une des scènes les plus marquantes vécues à ses côtés au sein du gouvernement. Il s’agit d’une réunion du Comité de conjoncture consacrée au sensible dossier de l’attribution des timbres d’exportation du café.
Ministre de l’Agriculture à l’époque, Nyembo Shabani avait dénoncé les inégalités dans la répartition de ces autorisations, estimant qu’elles profitaient davantage à certains opérateurs économiques qu’aux producteurs agricoles.
Face aux critiques virulentes du président de l’Association nationale des entreprises du Zaïre (ANEZA), il avait défendu sa position avec calme et fermeté, affirmant n’avoir qu’un seul objectif : garantir une distribution plus équitable au profit de l’ensemble des acteurs, notamment les paysans.
Cette intervention demeure, selon Sylvestre Ilunga, l’illustration parfaite d’un homme d’État guidé avant tout par l’intérêt général.
Une démission par fidélité à ses convictions
Le témoignage révèle également que Jean Gualbert Nyembo Shabani envisageait déjà, à cette époque, de quitter ses fonctions ministérielles, estimant que certains responsables confondaient les ressources de l’État avec leurs intérêts particuliers.
À l’issue de la réunion, il aurait confié à son jeune collègue : « Dans tous les cas, je vais démissionner. » Une décision qu’il mettra effectivement en œuvre par la suite, fidèle à ses principes.
« Que la terre de nos ancêtres lui soit douce »
En conclusion, Sylvestre Ilunga Ilunkamba salue la mémoire d’un homme qu’il considère comme l’un des artisans de son propre parcours politique et comme une figure de référence de l’administration congolaise.
« Mkubwa Jean, que ton âme repose en paix et que la terre de nos ancêtres te soit douce et légère », écrit-il.
L’ancien Premier ministre présente également ses condoléances à Madame Annick épouse Nyembo, et l’ensemble des enfants Nyembo, à Dada Feza l’aînée des enfants et Katché, le Directeur André et tous les aînés de la famille venus de Lubumbashi, à l’ensemble de ses proches ainsi qu’à toute la communauté katangaise, saluant la mémoire d’un homme dont l’héritage continuera de marquer plusieurs générations de responsables publics congolais.
CP



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