«Bon voisinage et coexistence pacifique» : Kagame écoutera-t-il la voix de la sagesse de Sassou ?

«Le développement de l’Afrique est entre nos mains, mais il nous faut favoriser la paix au quotidien»
Voisin belliqueux de la République Démocratique du Congo en participant, depuis deux décennies à la déstabilisation de l’Est-congolais, le Rwanda de Paul Kagame ne s’inscrit pas dans les efforts d’intégration africaine. En visite officiel au Rwanda, le président Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville a rappelé à l’homme fort de Kigali la nécessite de s’ouvrir une nouvelle page pour le retour de la paix dans la région. S’adressant vendredi à une session conjointe du Parlement rwandais, le président Sassou Nguesso n’a pas été tendre avec le régime de Kigali. « Le développement de l’Afrique est entre nos mains, mais il nous faut favoriser la paix au quotidien. Il est impératif de mettre fin au terrorisme, à la guerre et de maintenir la paix en Afrique», a-t-il déclaré, rappelant à son hôte, Paul Kagame, principal soutien des terroristes du M23 qui endeuillent l’est-congolais, qu’il ne pouvait y avoir de développement sans paix et que «c’était la raison pour laquelle il est nécessaire d’entretenir des relations de bon voisinage et de coexistence pacifique». Le président Kagame écoutera-t-il la voix de la sagesse de Denis Sassou Nguesso. En tout cas, pour une Afrique stable et prospère, les paroles de Denis Sassou Nguesso interpellent au plus haut point le «maître» de Kigali.
A Kinshasa, la visite au Rwanda du président Denis Sassou Nguesso de la République du Congo est commentée de diverses manières, suscitant de passion de tous genres. Dans la capitale, certains pensent que le président Sassou, qui a des liens solides avec la République Démocratique du Congo, a trahi ses frères de la rive gauche du fleuve Congo en se jetant dans les bras du président Paul Kagame.
Arrivé vendredi à Kigali pour une visite officielle de deux jours, le président Kagame a déployé de gros moyens pour accueillir son hôte de marque. En effet, Kigali s’est paré de sa plus belle robe pour réserver un accueil digne à un «ami et frère », le Congolais de Brazzaville Denis Sassou Nguesso. Pour sceller le nouveau partenariat qui lie Kigali à Brazzaville, Paul Kagame n’a donc pas lésiné sur les moyens.
L’on se rappelle que, depuis un temps, entre Brazzaville et Kigali, c’est le parfait amour. Si bien que Brazzaville a signé un accord de développement de sa Zone économique spéciale de Maloukou avec un consortium rwandais. Sans oublier de nombreux accords de coopération en diverses matières qui lient les deux pays.
Vu de Kinshasa, le rapprochement entre Brazzaville et Kigali intrigue – pour une bonne raison d’ailleurs. Dans la capitale congolaise, on estime que le président Denis Sassou Nguesso a trahi « ses beaux-frères » de la RDC, en ouvrant grandement la porte de son pays à Paul Kagame qui passe pour le principal facteur déstabilisateur de l’est-congolais. Qui pis est, à Kinshasa, on craint des voisins qui partagent une longue histoire avec la RDC, en l’occurrence l’Angola et le Congo-Brazzaville, offre à Paul Kagame un couloir pour quadriller davantage le Congo-Kinshasa.
Depuis lors des commentaires vont dans tous les sens – du moins optimiste au plus alarmant.
Finalement, on se pose une question : qu’est-ce que le président Sassou a-t-il dit à son homologue rwandais ?

L’appel de Sassou à une coexistence pacifique
Depuis Kigali, le président Denis Sassou Nguesso, doyen des chefs d’Etat de l’Afrique centrale, en termes de cumul de mandat, a appelé vendredi les pays africains à maintenir la paix sur le continent face aux conflits dans certaines parties du continent, affirmant qu’il s’agissait de la pierre angulaire du développement, lors du discours qu’il a prononcé à une session conjointe du Parlement rwandais à Kigali, la capitale du Rwanda.
« Le développement de l’Afrique est entre nos mains, mais il nous faut favoriser la paix au quotidien. Il est impératif de mettre fin au terrorisme, à la guerre et de maintenir la paix en Afrique », a-t-il déclaré.
Il a fait comprendre qu’il ne pouvait y avoir de développement sans paix et que « c’était la raison pour laquelle il est nécessaire d’entretenir des relations de bon voisinage et de coexistence pacifique ».
Notant que l’Afrique était dotée de ressources naturelles, le président Sassou Nguesso a indiqué que l’Afrique devrait être définie par la paix et la sécurité, offrant de l’espoir à ses citoyens.
M. Sassou Nguesso, dont le gouvernement a supprimé les visas pour les Rwandais voyageant avec des passeports diplomatiques et de service, a déclaré que la coexistence pacifique stimulerait les mouvements transfrontaliers.

Sassou, possible médiateur ?
Au moment où une guerre froide oppose les Forces armées de la RDC et l’armée rwandaise, qui s’affrontent à distance par voie de la presse, des observateurs avertis de la région des Grands Lacs n’excluent pas l’hypothèse que le voyage du président Sassou au Rwanda soit l’occasion de jeter le pont en vue d’un probable dégel entre Kinshasa et Kigali
«A entendre ce que le président Denis Sassou Nguesso a dit vendredi au Parlement rwandais, je suis d’avis qu’il y a quelque chose qui se prépare, depuis Brazzaville, pour ramener le Président Félix Tshisekedi et son homologue rwandais à enterrer la hache de guerre. Le temps de la paix est arrivé. Je pense que le président Sassou a fait le déplacement de Kigali pour baliser la voie. La médiation de Sassou est en marche pour une possible réconciliation entre Tshisekedi et Kagame. Les deux Chefs d’Etat (Ndlr : Tshisekedi et Kagame), qui vouent un profond respect à Sassou Nguesso, sont, à mon avis, prêts à fumer le calumet de la paix », a dit à Econews un fin connaisseur de la région des Grands lacs qui jouit de bonnes entrées au palais présidentiel de Mpila, à Brazzaville.
En réalité, il y a des signaux évidents qui valident cette thèse.
«Pour relever les contraintes de développement, la paix et la stabilité de nos pays et sur l’ensemble du continent, demeurent la condition sine qua non du succès. Au moment où le terrorisme international tente de transformer notre continent en une base arrière logistique et opérationnelle sûre, l’Afrique doit se débarrasser des conflits armés internes, des crises aux frontières et autres troubles socio-politiques qui gangrènent le chemin de son développement », a déclaré, devant les parlementaires rwandais, le président Denis Sassou Nguesso. Et d’enchaîner : «La victoire décisive pour l’Afrique est celle du maintien et de la restauration de la paix, la promotion du dialogue et la consolidation d’un vivre-ensemble mieux structuré, gage d’espérance, d’optimisme et de succès sur le chemin du développement».
C’est dire qu’après le voyage du président Sassou Nguesso au Rwanda, des lignes vont sérieusement bouger dans la région, posant les jalons d’un retour à la normalisation des rapports entre Kinshasa et Kigali.
Preuve que Kagame s’inscrit dans le schéma de la désescalade, Denis Sassou Nguesso a été élevé à la dignité de l’ordre national d’honneur du Rwanda « pour son leadership exceptionnel et son dévouement à la Construction d’une Afrique plus stable et prospère ».
Entre Kinshasa et Kigali, la médiation de Sassou est en marche.

Econews