RDC : l’opposition malade de sa frilosité

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L’opposition politique congolaise prétend incarner l’aspiration du peuple, mais se montre parfois frileuse à aller au bout de sa démarche. Deux grandes manifestations avortées : le 8 juillet pour exiger la démission du président Félix Tshisekedi, au nom du respect de la Constitution. Ce rassemblement reporté au 22 juillet, après l’annonce du dialogue national inclusif, a été annulé. L’opposition a cédé à la demande des confessions religieuses chargées de piloter le futur dialogue national annoncé par la présidence. Des communiqués qui manquent d’assurance ont été publiés pour informer les journalistes et le public de ce report et de cette annulation. Une naïveté ? Cerise sur le gâteau, l’ultimatum du 15 août, pour la convocation d’un dialogue national inclusif censé régler la crise politique est sécuritaire, est resté sans suite de la part du président Félix Tshisekedi. À quoi donc faut-il s’attendre le 15 septembre, date fixée pour une marche pacifique à l’échelle nationale pour s’opposer au changement de la Constitution ? La suite des événements en dira davantage. À deux ans et demi de la fin officielle du mandat de chef de l’État, l’opposition fragilisée par les querelles d’ego donne l’impression de ne rien maitriser. Tout se passe sans qu’elle ne puisse vraiment agir efficacement face aux atermoiements du président Félix Tshisekedi. Et ce dernier en joue allégrement.  

Qui de l’opposition prendrait le leadership pour proposer une alternative crédible au pouvoir en place en RDC ? Cette question taraude sans cesse les esprits. Aucune personnalité d’envergure ne se démarque de la concurrence. Pourtant, l’opposition a tout ce qu’il faut comme matière grise. Malheureusement, elle montre, tous les jours que Dieu fait, qu’elle n’est constituée que des politiciens à l’allure d’amateurs. Sinon elle ne se ferait pas balader jour et nuit, de midi à quatorze heures, du 1er janvier au 31 décembre, par un pouvoir qui, à la vérité, est aux abois.

Depuis quelques semaines, le président Félix Tshisekedi s’ingénie à jouer la montre et jongle à l’envi avec des promesses, notamment l’organisation d’un dialogue national inclusif pour consolider la cohésion face aux crises sécuritaires et politiques. Dans l’hypothèse où ce projet se concrétiserait, deux questions fondamentales se posent : qui sera autorisé à participer ? Quel sera le véritable ordre du jour ? Ce qui est sûr, un dialogue inspiré par la méthode de gouvernance et de gestion du tempo politique du chef de l’État ne convainc totalement.

Quelles actions concrètes entend mener l’opposition pour faire barrage à toute tentative de la majorité à prolonger « indéfiniment » le règne du président Félix Tshisekedi ? L’opposition est-elle assez frileuse pour ne pas dénoncer haut et fort l’alibi ou le calcul politicien du pouvoir en place ? N’a-t-elle pas de la fougue et de l’ardeur nécessaires pour partir ainsi en « guerre » ? Ce sont là les questions essentielles que tout le monde se pose.

Une réaction de l’opposition – à la hauteur de l’enjeu – ne doit pas se faire attendre trop longtemps. « Il faut combattre l’ennemi dans ses plans », écrit Sun Tzu (L’Art de la guerre, Flammarion, 1972).

JUSQU’À QUAND CE CIRQUE ? 

Les événements qui se profilent à l’horizon n’augurent guerre un excessif optimisme. Les Congolais qui attendent un changement radical de la situation dans le pays risquent de déchanter. Ce peuple qui végète dans la pauvreté, abandonné à lui-même dans un dénuement total et une précarité extrême, est lassé. Cette situation n’offusque personne ! C’est là que le bât blesse.

Les manifestations menées par l’opposition ont-elles encore un sens, quand celle-ci semble ignorer la misère noire du peuple et tergiverse dans ses prises de positions politiques ? Jusqu’à quand ce cirque ? En tout cas, les Congolais sont fatigués des journées d’action sans lendemain.

Au niveau de la diaspora, les manifestations, les réunions, les conférences, les interviews à la radio et à la télévision (RFI, TV5 Monde et France 24) sont organisées par les opposants en exil ou en déplacement à l’extérieur du pays. Mais si ces initiatives sont louables, force est de reconnaitre qu’elles n’ont -jusqu’à présent- aucun impact sur la situation dans le pays.

Chose surréaliste, les opposants croient pouvoir dégager le président Félix Tshisekedi, du Palais de la Nation, grâce aux interventions extérieures. Des prises de contact sont entretenues pour garder la confiance et faire avancer leurs ambitions respectives auprès des puissances occidentales les plus influentes en Afrique (La France, les États-Unis et le Royaume Uni). Ils ont tout faux : en politique, il n’y a pas d’amis ou d’ennemis, il n’y a que des intérêts. Qu’on se le dise, les « maîtres du monde » en matière de politique internationale n’ont pas tourné le dos au président Félix Tshisekedi.

La realpolitik est un élément incontournable des relations internationales. En Afrique, elle repose sur l’idée de manipulation de la classe politique pour peser sur les choix des valets locaux que les puissants du monde font et défont à leur gré.

Dans un pays comme la RDC ravagé dans l’Est par trois décennies de guerres incessantes, ayant fait des millions de victimes civiles et militaires, les occidentaux s’appuient sur deux leviers : la promotion de la paix et de la stabilité politique. Il y va de leur intérêt. On ne peut faire prospérer ses affaires que dans la quiétude : la guerre, les rébellions… ne les arrangent pas. S’intéressent-ils réellement au respect et à la protection des droits de l’homme, à la bonne gouvernance et à la démocratie ? Ils n’en ont cure.

L’opposition, qui ne pense qu’à s’affaiblir, rêve de l’alternative. Cela ne tient pas débout, car les démons de la division logent dans les esprits des opposants qui ne se soucient logiquement plus de l’intérêt général. Faire semblant, oui ! Mais…

Ce n’est pas faire injure à l’opposition de dire qu’elle est aujourd’hui crucifiée. À se demander s’il s’agit réellement d’opposants dès lors qu’ils n’ont pas su capitaliser le succès des manifestations des 03 et 12 juin 2026 (Sit-in et ville morte). Avec la frilosité dont ils font montre, il y’a vraiment du chemin à parcourir. Ainsi dit, le président Félix Tshisekedi a de beaux jours devant lui.

BESOIN D’UNE OPPOSITION RÉELLE ET FORTE

Au regard de l’actualité politique en RDC, on a l’impression que l’opposition n’existe que par l’étiquette qu’on lui donne. Minés par des querelles intestines et des egos surdimensionnés, les opposants s’emploient corps et âme à s’autodétruire, courber l’échine devant le pouvoir du président Félix Tshisekedi qui, d’ailleurs, les domine tous. Leur conception d’opposition est désuète et folklorique. Ils doivent faire de l’opposition moderne, celle qui agit comme un aiguillon démocratique transparent qui oblige le pouvoir à justifier ses choix, à corriger ses angles morts et à maintenir le lien civique.

Le peuple congolais, qui est anxieux, mécontent, déçu, et ne sait à quel saint se vouer pour sortir de l’ornière de la pauvreté, a besoin d’une opposition réelle et forte, structurée et unie, pas une opposition faible qui a du mal à se distinguer avec le pouvoir, qui n’arrive pas à sortir des corporatismes, une opposition minée par la guéguerre de quelques barons qui ne pensent qu’à leur ego.

L’opposition, aujourd’hui, manipulée par la majorité au pouvoir comme une marionnettiste activant des fantoches, est trouée, perdue et ne propose aucune alternative face au régime en place. Ce que les opposants oublient, c’est qu’ils perdent lentement la confiance de ce peuple qui a longtemps crû en eux et, qui plus est, depuis le règne de Joseph Kabila.

Autrefois adulée, elle suscite à présent le découragement et l’incompréhension au sein de la population en raison de son apathie. Comment ne pas penser qu’elle est inféodée au pouvoir et attend impatiemment le partage du pouvoir par la distribution de postes politiques, à l’issue du dialogue national inclusif à la sauce Tshisekedi ?

Si cette concertation politique aura lieu un jour, certains membres de l’opposition n’hésiteront pas à rejoindre la majorité présidentielle. C’est une évidence. Il semblerait que les discussions politiques ont débuté. Cela s’appelle la transhumance politique : un phénomène endémique en RDC (fait évoqué dans EcoNews, édition du mercredi 5 au jeudi 6 août 2026).

Il est donc temps que l’opposition, si elle veut se définir comme une réelle force d’opposition, puisse constituer un véritable contre-pouvoir, incarner aussi la possibilité d’une alternance politique crédible pour combattre les anti-valeurs, particulièrement, et surtout, la corruption, le népotisme, le tribalisme, le clanisme, la cupidité, le vol, le mercantilisme effréné, l’individualisme, le mensonge…, et enfin permettre de renouveler le personnel politique (il sied de noter que la RDC a besoin d’une nouvelle classe politique qui ne fait pas référence à l’âge, mais plutôt à la compétence et au mérite). Le peuple congolais a droit à l’excellence et non à la médiocrité.

Robert Kongo (CP)

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