Dans les allées du Centre de conventions de Talatona, à Luanda, les écrans géants côtoient les démonstrations d’intelligence artificielle, les solutions de cybersécurité et les plateformes numériques conçues par de jeunes pousses angolaises. Pendant trois jours, du 11 au 13 juin, l’Angola a voulu afficher au monde ses ambitions technologiques à l’occasion de la sixième édition d’ANGOTIC, le Forum international des technologies de l’information et de la communication.
Placée sous le thème « En route vers la transformation numérique », cette édition 2026 a rassemblé plus de 20 000 visiteurs, 200 entreprises exposantes, une centaine d’intervenants et des délégations venues de huit pays. Un rendez-vous devenu, au fil des années, l’une des principales vitrines technologiques du continent africain.
Faire du numérique un pilier de la diversification économique
Pour les autorités angolaises, l’enjeu dépasse largement le cadre des technologies. Dans un pays longtemps dépendant des revenus pétroliers, la révolution numérique est désormais considérée comme un levier stratégique pour moderniser l’économie, améliorer les services publics et créer de nouveaux moteurs de croissance.
En ouvrant officiellement les travaux du forum, le ministre des Télécommunications, des Technologies de l’information et de la Communication sociale, Mário Oliveira, a donné le ton.
«L’Angola est en marche vers sa transformation numérique », a déclaré le ministre devant un parterre d’entrepreneurs, d’experts et d’investisseurs internationaux.
Le responsable gouvernemental a insisté sur le caractère irréversible de cette mutation.
«La marche de notre pays vers la transformation numérique est bien engagée. C’est avec une grande fierté que nous affirmons que cette dynamique ne se limite pas au territoire national », a-t-il affirmé, soulignant l’ouverture croissante de l’Angola vers les marchés régionaux et son implication dans les initiatives numériques au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Une croissance portée par les infrastructures
Les chiffres avancés par le ministère témoignent de l’ampleur des progrès accomplis.
En 2025, l’Angola comptait plus de 18 millions de connexions à Internet, soit un taux de pénétration numérique de 48 %. Dans le même temps, le nombre d’abonnés à la téléphonie mobile a franchi la barre des 28 millions, portant la couverture à plus de 75 % de la population.
Ces performances sont le fruit d’investissements massifs engagés ces dernières années. Dans le cadre du Plan national de développement 2023-2027, le gouvernement a consacré plus de 89 millions de dollars à la construction d’un centre national de données, inauguré au mois d’avril.
Le pays poursuit également l’extension de ses réseaux de fibre optique et le renforcement des capacités de stockage et de traitement des données, afin de réduire sa dépendance aux infrastructures étrangères et d’accompagner la numérisation croissante des administrations et des entreprises.
L’intelligence artificielle et la cybersécurité au cœur des débats
Cette année, l’intelligence artificielle s’est imposée comme l’un des thèmes centraux du forum. Les discussions ont porté sur ses applications dans la santé, l’éducation, les services financiers et l’administration publique, mais également sur les risques liés aux fausses informations, à la sécurité des données et à la souveraineté numérique.
Les experts présents ont également échangé sur les enjeux du gouvernement électronique, du développement des centres de données, de la télévision numérique, des contenus locaux et de la cybersécurité, dans un contexte où les cyberattaques représentent une menace croissante pour les économies africaines.
Plusieurs entreprises angolaises ont présenté leurs innovations, illustrant l’émergence progressive d’un écosystème technologique local en quête de compétitivité régionale.
Miser sur la formation des compétences
Pour accompagner cette transformation, Luanda mise aussi sur le capital humain.
Selon le ministre Mário Oliveira, plus de 7 000 techniciens spécialisés dans les réseaux, les centres de données et la cybersécurité ont déjà été certifiés. À cela s’ajoutent près de 4 000 professionnels formés par le Centre de formation des journalistes dans différentes disciplines de la communication sociale.
L’objectif affiché est de réduire la dépendance du pays à l’expertise étrangère et de créer une nouvelle génération de spécialistes capables d’accompagner les besoins croissants de l’économie numérique.
Une révolution numérique au service des populations
Pour les autorités, cette transformation ne doit pas profiter uniquement aux grandes entreprises ou aux centres urbains.
« Aujourd’hui, le secteur des Télécommunications, des Technologies de l’information et de la Communication sociale assure la disponibilité des infrastructures, des équipements et des technologies de base, tout en proposant des produits, des services et des solutions destinés aussi bien aux ménages qu’aux institutions », a expliqué Mário Oliveira.
Le ministre a tenu à rappeler que le numérique constitue désormais un instrument de gouvernance et de développement social.
«La transformation numérique engagée en Angola n’est ni l’apanage des entreprises et des institutions, ni le privilège d’une minorité. Elle s’inscrit pleinement dans le modèle d’organisation et de fonctionnement adopté par le gouvernement angolais, dans le but d’offrir des solutions durables au service des populations », a-t-il souligné.
L’ambition de devenir un hub technologique régional
Au-delà des annonces et des démonstrations technologiques, ANGOTIC 2026 traduit une ambition plus vaste : faire de l’Angola l’une des principales plateformes numériques d’Afrique australe.
Porté par la modernisation de ses infrastructures, l’essor de ses start-up et le renforcement de ses partenariats régionaux, le pays cherche à se positionner dans la compétition technologique qui se joue actuellement sur le continent.
À l’heure où l’intelligence artificielle et la souveraineté numérique deviennent des enjeux stratégiques majeurs, Luanda veut faire entendre sa voix. Et à travers ANGOTIC 2026, l’Angola entend démontrer qu’il ne souhaite plus seulement suivre la révolution numérique mondiale, mais bien y prendre toute sa place.
Avec Asatunews

