Bahati, une épine sous le pied de Tshisekedi

Le Président de la République, Felix-Antoine Tshisekedi, recevait le président du Sénat, Modeste BAHATI (Photo d'archive)

Au Parlement, on assisté à un bal de fauves qui a finalement tourné à l’avantage de l’intrépide Mboso N’kodia Pwanga, président de l’Assemblée nationale, au détriment de son collègue du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo. « A malin, malin et démi », dit-on. Le Président du Sénat en a eu pour son compte en butant contre un mur dressé devant lui par Mboso pour le choix du troisième délégué du Parlement à la Cour constitutionnelle. Bahati peut certes crié à la violation de la loi ou encore de la procédure, mais son candidat, Louis Mbonga, a échoué. C’est le sénateur Dieudonné Mondza qui va compléter le quota du Parlement à la Cour constitutionnelle. Mais, cette bataille autour du remplacement d’un juge constitutionnel a laissé des traces à l’Union sacrée de la nation. Elle a nettement mis en évidence l’égoïsme de certains cadres de cette plateforme politique. Si Mboso s’en sort requinqué, Bahati aura du mal à refaire sa crédibilité. Dans l’Union sacrée, des langues se délient et le considèrent désormais comme un grand danger pour le Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi. Certes l’USN est bâtie sur le principe « tous pour un », mais pour le président du Sénat, c’est plutôt l’inverse, «tous pour moi ». Sa témérité à imposer son candidat à la Cour constitutionnelle l’a nettement démontré.
Le camp Tshisekedi doit ouvrir les yeux et lire sans complaisance les faits et gestes de Modeste Bahati Lukwebo, président du Sénat et dauphin constitutionnel du Chef de l’Etat. Ses agissements sont tellement suspects qu’il est clair qu’il devient encombrant pour le régime. Ses attitudes de curé ne sont pas un gage de sincérité et de loyauté.
Chez Bahati, tout doit tourner autour de lui, les dividendes doivent lui revenir de droit parce qu’il pèserait tellement en politique. En faisant la compatibilité de ce que Modeste Bahati est capable de réaliser comme dribbles politiques, on est en droit de se demander s’il fait tout cela juste pour se suffire politiquement.

Politiquement habile
Avec Mobutu, Modeste Bahati avait sa « Société civile ». Cette structure lui avait servi de strapontin pour occuper le juteux ministère du Budget dans un de nombreux gouvernements de l’ex-maréchal du Zaïre. Puis, il n’a plus jamais quitté les couloirs du pouvoir politique, se faisant adouber par tous les pouvoirs qui se sont succédé dans le pays depuis le départ du « vieux léopard ».
Bahati sait plaire à ses interlocuteurs, en même temps qu’il sait se vendre. Lors de la désignation du Premier ministre dans l’Union sacrée de la nation, le Chef de l’Etat avait pensé à Modeste Bahati qui était, lui aussi, dans sa short-list. Ce n’est pas le fait du hasard. Il avait construit la confiance autour du Chef de l’Etat, surtout auprès de ceux qui parlaient au creux de l’oreille du Chef. En le faisant, Modeste Bahati s’était constitué une base solide dans l’entourage du Président de la République.
C’est mal connaître les proches du Président de la République que de croire qu’ils pouvaient faire confiance à un ex-proche du président honoraire, Joseph Kabila. En tout cas, Bahati n’a pas été nommé chef du Gouvernement. Sa fonction de président du Sénat le met cependant en position d’être chef d’une importante institution de la République.
Malheureusement, le spectacle offert dans la désignation du juge constitutionnel au Parlement a donné la preuve que le speaker du Sénat n’est pas un homme de confiance.
Pour quelle raison Bahati voulait-il avoir absolument un juge constitutionnel proposé par ses soins et membre de son parti?
En réalité, Bahati souhaitait contrôler cette institution stratégique de la justice. Pourquoi, s’interrogent de nombreux élus et acteurs politiques ? Pour ceux qui le connaissent, leur conclusion est sans hésitation : il a une idée tordue derrière la tête. On le saura tôt ou tard !
La témérité de cet ancien de la Société civile dans sa démarche pour imposer son homme a confirmé aux sceptiques que Bahati n’est pas un enfant de chœur. C’est vendredi, dans une salle de congrès surchauffé, qu’il a jeté en pâture le peu de dignité qui lui restait, tellement sa proposition de transmettre deux noms au chef de l’Etat était un piège cousu de fil rouge. Il est visible à mille lieues sans effort. 24 heures après, il s’est ravisé en retirant la candidature de son homme à la Cour constitutionnelle, mas le mal était déjà fait dans cette nuit du vendredi 27 mai.

Piège en haute altitude
Heureusement que le président Mboso a déjoué le piège en se mettant en position d’imposer le respect de la loi.
En effet, la Constitution ne donne pas au Chef de l’Etat le droit de départager le Parlement dans ses choix souverains en tant qu’institution. Et lorsqu’un proche collaborateur du Chef de l’Etat le piège à ce point, il y a de quoi se demander en quoi il serait encore loyal.
Il aurait donc suffit que le Président de la République accorde une quelconque attention à cette demande-piège pour qu’il soit accusé de haute trahison. Un tel collaborateur est simplement dangereux. Au nom de ses intérêts et surtout dans sa boulimie de tout prendre, Bahati a oublié qu’en tout, il y a des limites à ne point franchir.
Il ne reste plus que de lui retirer la confiance parce que sa place n’est pas dans les institutions. Bahati est un acteur à tenir très loin de la sphère des décisions. Kabila l’avait très bien compris. Tshisekedi a intérêt de redéfinir ses rapports le plus rapidement possible, parce qu’un serpent venimeux, on n’en fait pas un compagnon de route dès qu’il ose montrer ses crocs.
Du haut du perchoir du Congrès, il a démontré que rien ne l’arrête. Jusqu’où ira-t-il ? Suspense !

Econews