Kinshasa, capitale du stress

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Depuis plusieurs jours, un spectacle inquiétant se joue aux abords des stations-service de Kinshasa. Des files interminables de véhicules, des motos-taxis qui slaloment dans l’angoisse du réservoir vide, des regards scrutant l’horizon à la recherche d’une pompe encore approvisionnée. 

Une image de crise, que le ministère des Hydrocarbures, par la voix de la Ministre Acacia Bandubola, s’emploie à dissiper ce mardi. Et pourtant, si la pénurie n’est pas là, où est donc le problème ?

Le communiqué officiel est clair : « Il n’y a pas de pénurie ». Les stocks nationaux sont « très largement suffisants ». L’argument est rassurant.

Mais pour le Kinois moyen, qui ronge son frein dans une chaleur étouffante au milieu des gaz d’échappement, la nuance est difficile à saisir. Quand le produit est là, pourquoi ne coule-t-il pas dans les réservoirs ?

La réponse des autorités tient en un mot : la logistique. Les embouteillages, ce fléau chronique de la capitale, seraient les premiers responsables de ces ralentissements. Un paradoxe saisissant : la ville qui étouffe sous les bouchons voit sa mobilité entravée par… ses propres bouchons. Les camions-citernes peinent à rallier les dépôts, créant des tensions localisées qui nourrissent la psychose et, par ricochet, allongent les files.

Dans ce jeu de vases communicants, la panique est souvent plus redoutable que la pénurie elle-même. Le Gouvernement a raison de le rappeler : la ruée vers les stations et la constitution de stocks personnels sont des comportements contre-productifs. Ils créent une pénurie artificielle qui, à force d’être médiatisée, finit par faire trembler l’édifice économique. La fébrilité des Kinois est une réaction légitime face à un signal d’alarme, mais elle ne doit pas se transformer en prophétie auto-réalisatrice.

Alors, faut-il croire la promesse de «livraisons continues» et de renforts de nuit annoncés par la cellule de communication de la Ministre ?

La volonté affichée de prioriser les stations les moins desservies est une bonne nouvelle. L’engagement à fluidifier la distribution est un devoir impérieux. Mais au-delà du discours de réassurance, ce coup de chaud est un test grandeur nature pour les autorités.

La population comprend les aléas logistiques, mais elle exige des résultats. Elle ne veut pas simplement savoir que le carburant existe dans les réservoirs nationaux; elle veut le voir couler dans les pompes de son quartier, maintenant.

La Ministre des Hydrocarbures appelle à la « sérénité » et à la « retenue ». C’est un appel au civisme louable. Cependant, la sérénité ne se décrète pas; elle se prouve.

En attendant que les camionsciternes parviennent à destination, les Kinois retiennent leur souffle. Car dans une ville où le carburant est le sang de l’économie, chaque minute d’attente est une minute de vie suspendue.

Econews

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