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145 millions de dollars US envolés à Ruashi : pendant que la Chine enquête, Kinshasa regarde ailleurs

Pendant près de cinq ans, entre 2019 et 2024, plus de 145 millions de dollars américains se sont évaporés des caisses de Jinchuan Group, géant chinois des métaux non ferreux, exploitant de la mine de Ruashi, aux portes de Lubumbashi. En Chine, l’affaire fait scandale. En République Démocratique du Congo, elle se heurte à un mur de silence. Pire encore : à l’absence de réaction des autorités congolaises, s’ajoute l’ombre d’un fonds mystérieux dédié aux « affaires gouvernementales ».

Une enquête interne indépendante, menée au sein de Jinchuan Group International Resources, a mis au jour un vaste système de détournement. La méthode ? Faux contrats d’approvisionnement, factures fictives, paiements en espèces, et virements directs sur des comptes bancaires personnels. Douze fournisseurs suspects ont ainsi reçu 137,4 millions de dollars. Un ancien employé a, de son côté, empoché directement 7,1 millions de dollars sur son compte personnel.

Mais le détail qui interpelle, et qui aurait dû alerter les services fiscaux et judiciaires congolais, est ailleurs : 66,8 millions de dollars supplémentaires ont été déversés dans un poste aussi flou qu’inquiétant, intitulé « affaires gouvernementales en RDC ». Officiellement, cet argent était destiné à négocier des contentieux fiscaux avec les autorités locales, via un intermédiaire tiers. Officieusement, Jinchuan affirme n’avoir «aucune preuve de versements illicites à des fonctionnaires », tout en reconnaissant que la direction générale n’avait « ni connaissance directe, ni implication » dans ces opérations.

Une contradiction qui en dit long sur la transparence des pratiques au sommet de l’État congolais, ou du moins, sur l’environnement dans lequel évoluent les entreprises minières. L’enquête soulève une question fondamentale : à qui profitait vraiment ce fonds des « affaires gouvernementales » ? Et pourquoi ni le ministère des Mines, ni la Direction générale des impôts, ni l’Agence de renseignement financier n’ont jugé utile de réagir à ces révélations ?

Face à ce scandale, Jinchuan – contraint par sa cotation à la Bourse de Hong Kong – a joué la transparence contrainte : signalement aux autorités judiciaires congolaises, licenciements d’employés impliqués, rupture des relations avec les fournisseurs suspects, refonte des procédures d’approvisionnement et de contrôle des paiements. La société a même suspendu la cotation de ses actions depuis mars 2025, en attendant la publication de ses résultats financiers et l’achèvement de ses mesures de conformité.

Séisme à Pékin, silence à Kinshasa

En Chine, cette affaire est un séisme. En RDC, elle n’a provoqué ni communication officielle, ni annonce d’enquête parlementaire, ni réaction des corps de contrôle. Rien. Pas une déclaration du ministre des Mines, pas un mot du gouverneur du Haut-Katanga, pas une convocation du parquet financier.

Cette absence de réaction officielle est en soi une forme de réponse. Elle confirme, si besoin était, que la corruption, la surfacturation et les rétrocommissions sont devenues la norme dans le secteur minier congolais. Et que la légèreté de l’État, face à des disparitions massives de fonds publics ou parapublics, n’est plus une exception, mais un système.

Alors que Jinchuan nettoie ses comptes devant ses actionnaires, la RDC, elle, reste silencieuse. Pire : complice par inaction. Combien de « fonds gouvernementaux » opaques circulent encore dans les circuits miniers ? Combien de millions détournés faute de contrôles ? Tant que Kinshasa préférera regarder ailleurs, la mine de Ruashi ne sera qu’un symbole parmi d’autres d’une prédation organisée, où l’or jaune et le cobalt bleu alimentent des fortunes invisibles, pendant que l’État congolais fait semblant de ne pas voir.

Francis N.

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