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Après la victoire du PSG en ligue des champions : Bardella fait un lien entre l’immigration et les violents incidents en France

Depuis les années 1870 et la première arrivée massive de travailleurs étrangers – des Européens -, la figure de l’immigré reste un repoussoir, notamment dans les périodes de crise où « les identités collectives vacillent ». On l’appelait « le barbare », « le métèque », « le Rital » ou « le bicot » ; on l’appelle aujourd’hui, avec la présence africaine – maghrébine et subsaharienne – en France, « le sans – papiers », « la racaille » de banlieue… Les migrants, le peuple malvenu. En effet, après les violences qui ont suivi la victoire du Paris Saint-Germain (PSG) en finale de la ligue des champions, le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, voit illico presto dans ces événements un lien avec l’immigration. Voilà qu’à un an de la présidentielle 2027, la question de l’immigration revient sur le devant de la scène.  

Un deuxième titre européen consécutif et de nouveaux débordements. À l’occasion de la victoire du PSG en finale de la ligue des champions contre Arsenal, « plus de 890 interpellations » ont eu lieu le week-end des 30 et 31 mai, a annoncé le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, lundi 1er juin. Un nombre « en hausse de plus de 45% » par rapport aux violences survenues en marge du premier sacre des Parisiens en C1 l’an dernier, a-t-il indiqué sur France Inter, précisant que « 178 » policiers et gendarmes avaient été blessés durant le week-end.

Invité de BFMTV et RMC, lundi matin, Jordan Bardella s’est dit « horrifié » par les violences de ces deux jours. « Nous avons vu en plein Paris des scènes de quasi-guerre civile, des commerces pillés et vandalisés, des policiers pris à partie », a réagi le président du RN. Il a dénoncé ce « qui apparaît pour beaucoup de Français comme une non-réponse de l’État ».

« UN LIEN AVEC L’IMMIGRATION »

S’appuyant sur ce bilan – qui n’est pas définitif -, Jordan Bardella a affirmé voir dans ces événements un lien avec l’immigration.

« Réveillez-vous parce que la France est devenue un pays où la vie et la fête sont aujourd’hui totalement impossibles. Il n’y a plus une seule manifestation sportive, une seule fête populaire de village sans que cela dégénère systématiquement », a également affirmé le député européen.

Pour Jordan Bardella, les violences qui ont éclaté le week-end dernier ont « un lien avec l’immigration ». « Je dis aux Français réveillez-vous parce que dans quelque temps, ils casseront la porte des immeubles et rentreront dans vos appartements si l’État ne reprend pas la main sur sa politique de sécurité, sur sa politique pénale et par-dessus tout sur sa politique migratoire, parce qu’il y’a évidemment un lien avec notre incapacité depuis 30 ans à maîtriser l’immigration », a-t-il déclaré.

LE PEUPLE MALVENU

Depuis que la France a ouvert ses portes à l’immigration, à la fin du XIXe siècle, l’« autre », qu’il s’agisse d’un nouveau venu ou d’un descendant de migrants, revêt nombre de visages. Mais tous, ou presque, sont négatifs. Les Italiens de 1880, les Polonais de 1930, les Algériens de 1960 ou les Maliens de 2020 sont souvent accusés de constituer une menace pour la cohésion sociale, une concurrence sur le marché du travail, voire un péril pour la patrie. Les migrants, c’est le peuple malvenu.

Depuis les premières grandes vagues d’immigration de la IIIe République, les travailleurs nés au-delà des frontières de l’Hexagone sont, en effet, considérés comme des « trouble-fêtes identitaires et culturels », selon l’expression des chercheuses Hélène Bertheleu et Catherine Wihtol de Wenden. Dans les discours politiques, les ouvrages savants, les articles de presse ou les romans populaires, ces « déracinés », écrit l’historien Gérard Noiriel, sont souvent victimes des regards inquiets, moqueurs, condescendants, voire hostiles de ceux qui, de fait de leur naissance ou de la couleur de peau, se considèrent comme de « vrais Français » (Le Creuset français, Paris, Le Seuil, 1988).

Les déclarations de Jordan Bardella corroborent les analyses de ces éminents scientifiques sur la stigmatisation des hommes et des femmes venus d’ailleurs. Aujourd’hui encore, l’immigration est un problème en France, au grand bonheur de certains médias amplificateurs et au grand dam des personnes issues de l’immigration. Elles se retrouvent ainsi au cœur d’un tourbillon médiatico-politique alimentant ce malaise indicible qu’éprouve celui qui se sent regardé, scruté, parfois suspecté de profiter indûment de droits.

L’ÉTERNEL BOUC-ÉMISSAIRE

Au-delà du débat légitime de fond sur l’immigration économique – et ses quotas- qu’il ne s’agit pas d’écarter, ne faut-il pas une approche plus réaliste et plus respectueuse de l’immigré, sans recourir aux clichés rétrogrades ? Ces personnes visées par Jordan Bardella sont pour la plupart des jeunes nés en France, scolarisés en France, certains travaillent déjà : ils sont médecins, avocats, informaticiens, ingénieurs, enseignants, journalistes, élus locaux et nationaux… Ils font partie intégrante du tissu économique du pays. Eux aussi, ils forment le ciment de la société française. Ils sont originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’ailleurs.

Alors de qui parle Jordan Bardella ? Des casseurs ? Sont-ils forcément des héritiers de l’immigration ? Parle-t-il du travailleur immigré, non qualifié, tel le « plongeur » qui vient occuper le métier que « les Français refusent d’exercer », évoqué par Emmanuel Macron ? Est-ce là l’image que la France entend renvoyer au plan international ?

L’immigré, cet éternel bouc-émissaire : la France va mal, c’est la faute de l’immigré. C’est le message que Jordan Bardella voulait faire passer aux Français. Si seulement la France pouvait se souvenir que la migration concerne toute la planète, qu’elle a construit toute l’histoire de ce monde, car, dans les mots si justes de l’historien et politologue, Achille Mbembe, « il n’y a d’Histoire que la circulation des mondes, dans la relation avec Autrui ».

FAVORISER LE VIVRE-ENSEMBLE

Les déclarations tenues par Jordan Bardella sur BFMTV et RMC sont les vrais signes d’un climat de plus en plus anxiogène et délétère en France ; il est nourri par une colère sociale tristement exploitée par la droite républicaine (LR) et les partis d’extrême droite, dont le sien, le RN, et Reconquête ! , pourvoyeurs de la peur de l’autre, et amplifiée par les médias du groupe Bolloré (Le JDD, CNews…) avides de sensationnalisme.

Doit-on pour autant se contenter d’observer de façon passive ces échanges parasités par les stéréotypes, les clichés, les amalgames et les postures stériles ? Doit-on mettre de côté l’humanisme qui distingue l’État de droit français, abreuvé aux idéaux de solidarité et de fraternité qui ont fait l’honneur de la France ? Doit-on renier le siècle des lumières, qui a fait de la France une terre d’asile et des droits de l’homme ? Peut-on rester impassible face à ces clichés qui réduisent l’immigré à une charge budgétaire, à n’être que la source d’une prétendue « insécurité culturelle », voire à une menace potentielle à l’ordre public ?

Il y’aura toujours, hélas, des abus et des fraudes. Pour autant, faut-il occulter les millions de personnes, immigrées ou des jeunes, héritiers de l’immigration, nés sur le territoire français ? Tous vouent à la France, leur pays, un profond respect et un dévouement à ses principes et à ses valeurs. Ils poursuivent leur chemin dignement dans la collectivité nationale, dans le respect de l’État de droit, et contribuent pleinement au développement et à la prospérité de l’Hexagone, dans tous les domaines.

Pour Jordan Bardella, « le premier moyen pour rétablir la sécurité en France, c’est d’arrêter l’immigration ! ». Depuis 1974, de nombreux textes ont été adoptés pour encadrer l’entrée et le séjour des étrangers (non ressortissants d’un pays de l’Union européenne) en France. Les gouvernements successifs n’y sont pas parvenus. Comment compte-t-il, lui, potentiel candidat à la présidentielle 2027, « stopper le chaos migratoire ? », pour reprendre les termes des extrémistes de droite.  Aujourd’hui, l’immigration zéro (le rêve du RN), ce n’est vraiment pas possible.

Seulement, à force de jouer avec le feu, on finit par se brûler. Multiplier de telles déclarations, c’est à terme mettre à mal le vivre-ensemble qu’il faut plutôt favoriser. L’immigré ne doit pas se transformer en alibi pour un affrontement politique qui n’apportera rien et ne peut que creuser encore des fossés dans une société déjà bien fracturée.

Robert Kongo (CP)

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