Les crimes commis depuis trente ans dans l’Est de la République Démocratique du Congo ne resteront pas impunis. C’est le message clair et sans concession porté par le Garde des sceaux et Ministre d’Etat en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, lors de son entretien mercredi avec l’ambassadrice de France chargée des Droits humains et du Devoir de mémoire, Isabelle Rome. Et Paris semble avoir entendu l’appel.
Dans son cabinet, mercredi, le Ministre d’État en charge de la Justice a posé les termes d’un plaidoyer ferme : la justice transitionnelle, aussi nécessaire soit-elle, ne peut rien tant que les violences continuent de massacrer les populations civiles dans le Nord-Kivu et l’Ituri. «J’ai insisté sur la nécessité de préserver nos lieux de mémoire, à l’image du mémorial de Kisangani, et réaffirmé que la justice doit poursuivre non seulement les exécutants, mais aussi les commanditaires des massacres», a-t-il écrit sur son compte X, résumant l’esprit de l’échange.
Derrière les mots, une exigence : fini l’époque où seuls les petits pieds tombent sous le coup de la justice. Kinshasa veut remonter la chaîne de responsabilités. Depuis des décennies, groupes armés locaux, factions soutenues par des puissances étrangères et forces régulières se livrent à une guerre d’usure dont les premières victimes sont toujours les mêmes : des femmes violées, des villages brûlés, des enfants enrôlés de force.
Face à ce tableau, le Garde des sceaux n’a pas mâché ses mots. « La justice transitionnelle ne peut pleinement produire ses effets tant que les violences persistent dans l’Est», a-t-il martelé, rappelant implicitement que juger sans d’abord arrêter les tueries relève de l’illusion.
Paris reconnaît les efforts congolais et promet une coopération renforcée
Mais ce qui change le ton de cette rencontre, c’est l’attitude de la France. L’ambassadrice Isabelle Rome n’est pas venue seulement écouter poliment. Selon le compte rendu du ministre congolais, Paris a apporté une «reconnaissance» aux efforts de la RDC en matière de promotion et de protection des droits humains. Et surtout, une volonté partagée de consolider la coopération judiciaire entre les deux pays.
«Je me félicite de la reconnaissance des efforts de la République Démocratique du Congo», s’est réjoui Guillaume Ngefa, visiblement convaincu d’avoir trouvé à Paris un allié de poids. « Notre détermination demeure intacte pour renforcer l’État de droit, la redevabilité et notre coopération avec les mécanismes internationaux compétents », a-t-il ajouté.
Une alliance au service des valeurs universelles
Ce rapprochement franco-congolais ne relève pas de l’anecdote diplomatique. Il intervient alors que la RDC tente depuis des années de faire reconnaître la dimension internationale des crimes commis sur son sol, y compris par le biais de la Cour pénale internationale (CPI). Mais Kinshasa sait aussi qu’il lui faut des alliés de poids au sein du Conseil de sécurité et des capitales occidentales pour contraindre les commanditaires à comparaître.
En affichant sa joie et sa détermination, le Garde des sceaux envoie un signal fort aux responsables des massacres : le temps de l’impunité touche à sa fin. «Cette rencontre illustre la volonté partagée de la RDC et de la France de consolider leur coopération en matière de justice, de droits humains et de gouvernance démocratique, au service des valeurs universelles consacrées par les instruments internationaux », a conclu Guillaume Ngefa.
Il reste cependant à transformer cette belle déclaration en actes concrets : mandats d’arrêt, entraide judiciaire, gel des avoirs, extradition. Mais pour la première fois depuis longtemps, Kinshasa peut compter sur Paris pour l’aider à traquer non seulement les exécutants, mais aussi ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre. Les victimes de l’Est attendent désormais que cette alliance porte ses fruits.
Hugo Tamusa

