Econews 1206 21

Ça tire à balles réelles entre la CENCO et l’Union sacrée

Le climat politique frôle le point d’ébullition en RDC. Entre la CENCO (Conférence épiscopale nationale du Congo) et la majorité au pouvoir (Union sacrée), les amabilités de façade ont laissé place à un duel à l’arme lourde autour du projet très controversé de révision constitutionnelle. Accusés par les caciques du régime de faire le jeu de Kigali, les évêques catholiques ont répliqué sans trembler, renvoyant la majorité à ses propres contradictions. Un clash frontal qui, en plus d’embraser l’espace public, s’invite tel un venin au sein même de l’Union sacrée, désormais fracturée par une fronde interne face à la virulence de ses propres leaders. Chronique d’une crise majeure où tous les coups sont désormais permis.

On croyait assister à un simple désaccord politique. Raté ! Nous sommes désormais en pleine guerre ouverte, une guerre de tranchées entre la sainte Union sacrée (USN) et la non moins sainte CENCO. En jeu ? Rien de moins que l’âme de la République Démocratique du Congo.

Alors que les évêques, réunis au sein de la Conférence épiscopale nationale (CENCO), ont élevé la voix contre tout projet de changement constitutionnel, le torchon brûle entre les deux institutions. Le motif de cette discorde ? Un projet de révision constitutionnelle porté par les caciques de la majorité, que les évêques jugent « inutile et inopportun ».

Tirs croisés et accusations en série

L’Union sacrée, fidèle à sa réputation de bulldozer politique, n’a pas tardé à contre-attaquer, et pas avec des gants de velours.

Réunis en urgence mardi à Kinshasa, ses leaders ont dégainé un communiqué incendiaire, qualifiant la prise de position des évêques d’« acte de subversion ». Mais le pompon, c’est l’accusation lancée à certains membres de la CENCO, soupçonnés d’accointances avec Joseph Kabila, Paul Kagame et leurs « supplétifs » du M23. «Bassesse» et «irresponsabilité» : voilà les mots doux qui ont circulé dans les rangs de la coalition présidentielle.

Problème : la machine s’est enrayée. Le communiqué, bien trop radical pour certains, a provoqué une véritable fronde interne au sein même de l’USN. Plusieurs députés et cadres ont claqué la porte de la réunion avant même la lecture du texte. «On était nombreux à trouver irresponsable la déclaration », confie une source proche du dossier. L’un d’eux, cité par le journaliste Stanys Bujakera, a même ajouté, amer : «J’ai été obligé de quitter la réunion de l’USN avec quelques collègues, vue la bassesse de la déclaration ».

La réponse cinglante de Mgr Nshole

Face à cette offensive, la CENCO n’a pas plié. Son secrétaire général, Mgr Donatien Nshole, a répondu avec une fermeté qui force le respect. Son message principal : « Accuser la CENCO de subversion, c’est une diversion ».

Mais l’homme ne s’est pas arrêté là. En bon stratège, il a retourné l’arme de ses adversaires contre eux. S’interrogeant sur un éventuel deal entre Kinshasa et Kigali, il a lancé une véritable bombe : « Est-ce qu’il n’y a pas un deal entre le pouvoir de Kinshasa et le Rwanda ? » Selon lui, vouloir organiser un référendum constitutionnel alors que le pays est en guerre et que ses deux provinces, le Nord- et le Sud-Kivu, sont en partie sous occupation, reviendrait à « consacrer la balkanisation ». Une phrase choc qui résonne comme un avertissement : «Le pays est en danger ».

Un pays au bord de la rupture ?

Ce bras de fer intervient dans un contexte déjà explosif. L’opposition, qui a toujours été vent debout contre la révision de la Constitution de 2006, menace déjà de descendre dans la rue dès le mois de juillet. À cela s’ajoute une division interne au sein de la majorité, qui ne cesse de se creuser. Le refus de nombreux députés de s’associer au communiqué contre la CENCO est un signal fort.

La question est désormais sur toutes les lèvres : jusqu’où ira cette confrontation ? Le pouvoir parviendra-t-il à maintenir sa position face à une Église qui conserve un poids social et diplomatique considérable ?

Une chose est sûre : le débat ne fait que commencer, et il s’annonce particulièrement houleux.

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