Ce mercredi 3 juin 2026, Kinshasa retient son souffle sous le poids d’une « ville morte ». Pour la première fois depuis son accession au pouvoir en 2019, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) se retrouve de l’autre côté de la barricade, ciblée par l’arme de contestation massive qu’elle a elle-même élevée au rang d’art politique.
L’histoire politique de la République Démocratique du Congo bégaie avec une ironie presque cruelle. Des décennies durant, sous Mobutu, Laurent-Désiré puis Joseph Kabila, le parti présidentiel actuel a dicté la loi de la rue, sanctifiant le blocage de la capitale comme l’expression ultime de la souveraineté populaire face à l’arbitraire. Aujourd’hui, face aux suspicions grandissantes d’une révision constitutionnelle perçue comme une tentative de pérennisation au pouvoir, la recette de l’opposition d’hier est servie, sans altération, au pouvoir d’aujourd’hui.
Ce basculement met l’UDPS face à un paradoxe doctrinal insoutenable. Comment condamner ce que l’on a jadis déifié ? Hier, paralyser le pays était un acte héroïque d’insoumission civique; aujourd’hui, les tenants du pouvoir qualifient la même démarche de « provocation » et d’« irresponsabilité ». Ce glissement sémantique trahit le vertige des gouvernants face à la mémoire collective d’un peuple qui n’a rien oublié des leçons de 1991, 2006 ou 2016.
En août 2016, Félix Tshisekedi lui-même saluait la ville morte comme le prélude nécessaire pour mettre fin à « l’imposture ». Dix ans plus tard, l’arroseur se retrouve arrosé par ses propres méthodes.
Le dilemme est désormais total pour le régime : réprimer brutalement cette journée de protestation reviendrait à renier son identité profonde et à briser le miroir de sa propre légitimité historique. À l’inverse, laisser faire sans mot dire expose une fragilité que le pouvoir ne peut se permettre. Alors que les artères désertes de Kinshasa et les rideaux de fer baissés dessinent la réalité d’un désaveu, les héritiers du regretté Étienne Tshisekedi mesurent toute la gravité de sa célèbre maxime: « L’UDPS est une école de courage, pas une école de pouvoir ».
Ce mercredi 3 juin n’est pas une simple journée de paralysie urbaine ; c’est un examen de conscience forcé pour le parti au pouvoir. La rue congolaise, prompte à destituer les certitudes, vient de rappeler à l’UDPS qu’aucun bail politique n’est éternel.
À force de manipuler la boîte à outils de la contestation, le parti présidentiel a fini par oublier que les outils survivent toujours à ceux qui les forgent.

