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Structure des entreprises, performance, inclusion financière et contraintes opérationnelles – Comparaison des entreprises formelles et informelles en RDC : enseignements des Enquêtes de la Banque mondiale auprès des entreprises en 2024 (Par Dr John M. Ulimwengu)

Cet article compare les entreprises formelles et informelles en République Démocratique du Congo à partir de l’Enquête formelle auprès des entreprises et de l’Enquête sur les entreprises du secteur informel menées par la Banque mondiale en 2024. L’analyse combine des statistiques descriptives tenant compte des poids de l’enquête, des intervalles de confiance obtenus par rééchantillonnage statistique tenant compte du plan de sondage, des comparaisons intra-sectorielles et à taille comparable, ainsi que des associations ajustées sur l’échantillon groupé. Les deux segments diffèrent profondément par leur structure. Le commerce de détail et la revente représentent 82,5 % de la population informelle couverte par l’enquête, contre 32,1 % des entreprises formelles. L’établissement formel médian emploie sept travailleurs permanents à temps plein, existe depuis 11 ans et déclare un chiffre d’affaires annuel de 176,2 millions de CDF ; les médianes correspondantes sont d’un travailleur, de trois ans et de 4,8 millions de CDF dans le secteur informel. La fracture la plus nette en matière d’inclusion financière ne concerne pas l’emprunt, mais l’accès à un compte professionnel : 51,0 % des entreprises formelles en disposent, contre 6,7 % des entreprises informelles. L’utilisation courante du crédit reste toutefois faible dans les deux groupes, et les grandes entreprises informelles déclarent davantage de demandes et d’emprunts que les entreprises formelles de taille comparable. Ces résultats décrivent des populations d’entreprises fortement différenciées plutôt que le rendement causal de l’enregistrement. Ils plaident pour une politique segmentée combinant formalisation à faible coût, accès financier de base, amélioration de la productivité, infrastructures et appui adapté aux entreprises présentant des perspectives crédibles de croissance.

1. Introduction

L’opposition entre entreprise formelle et entreprise informelle est souvent présentée comme un choix entre conformité et non-conformité. Dans la pratique, elle renvoie aussi à des structures de production, des positions sur le marché, des capacités entrepreneuriales et des stades de développement différents. Les entreprises informelles procurent des moyens de subsistance, des biens et des services là où l’emploi salarié formel et les marchés organisés demeurent limités. Les entreprises formelles, quant à elles, fonctionnent plus souvent à une échelle supérieure, adoptent des formes organisationnelles reconnaissables et entretiennent des relations avec des institutions telles que les banques. La question de politique publique n’est donc pas seulement de savoir pourquoi certaines entreprises ne sont pas enregistrées, mais aussi de déterminer dans quelle mesure les deux groupes sont comparables, ce qui les distingue en matière de performance et de conditions d’exploitation, et quelles différences pourraient réellement être corrigées par le seul enregistrement.

La littérature propose des interprétations concurrentes. L’approche légaliste insiste sur le coût de la réglementation et sur les gains potentiels d’une réduction des barrières à l’entrée. L’interprétation dualiste considère plutôt de nombreuses entreprises informelles comme de très petites unités à faible productivité, dont les capacités et les marchés diffèrent fondamentalement de ceux des entreprises formelles (La Porta & Shleifer, 2014). Les études expérimentales et quasi expérimentales invitent également à la prudence : l’enregistrement peut profiter à certaines entreprises, mais l’information, le remboursement des frais ou la simplification des procédures ne produisent souvent que des effets modestes, et les rendements varient d’une entreprise à l’autre (Bruhn & McKenzie, 2014 ; de Mel et al., 2013 ; McKenzie & Sakho, 2010). La formalisation doit donc être comprise comme une transition aux coûts et avantages hétérogènes, et non comme un traitement uniforme.

Les enquêtes de la Banque mondiale de 2024 offrent une occasion particulièrement précieuse, quoique méthodologiquement exigeante, d’examiner cette question en RDC. L’enquête formelle a interrogé 1 025 établissements entre avril et décembre 2024. L’enquête informelle a couvert 13 410 entreprises non enregistrées dans neuf villes, les travaux de terrain s’étendant d’août 2024 à juillet 2025. La Banque mondiale utilise des questionnaires et des plans de sondage distincts, car les entreprises informelles sont généralement absentes des listes officielles et doivent être identifiées au moyen de méthodes d’échantillonnage géographique (Banque mondiale, 2023, 2025a, 2025b).

Cet article pose quatre questions liées. Comment les deux populations diffèrent-elles selon le secteur, la taille de l’emploi et l’âge ? Quelle est l’ampleur des écarts de chiffre d’affaires et de chiffre d’affaires par travailleur, globalement et au sein de groupes plus comparables ? Le statut formel coïncide-t-il avec une inclusion financière plus large ? Enfin, quelles implications les modes de financement observés et les contraintes déclarées ont-ils pour la politique d’entreprise ? L’analyse révèle une segmentation structurelle : les entreprises formelles sont plus grandes, plus anciennes, plus diversifiées et bien davantage reliées aux comptes de transaction, mais aucun des deux segments n’est véritablement intégré aux marchés du crédit. Le défi dépasse donc largement la seule question de l’enregistrement.

2. Données et démarche analytique

L’analyse utilise les données détaillées formelles et informelles de 2024 fournies et conserve le poids médian d’éligibilité propre à chaque enquête (wmedian). Le tableau 1 présente les deux sources et explicite la différence entre leurs groupes couverts. L’enquête formelle couvre les établissements privés enregistrés comptant au moins cinq travailleurs dans les secteurs non agricoles admissibles et est nationale dans les limites de cet univers. L’enquête informelle couvre les entreprises non enregistrées, sans restriction de taille ou de secteur, à Kinshasa, Goma, Bunia, Bukavu, Matadi, Mbuji-Mayi, Kananga, Kisangani et Lubumbashi. Chaque échantillon urbain représente les entreprises informelles de la ville concernée, et non l’ensemble de l’économie informelle nationale (Banque mondiale, 2025b).

Tableau 1. Couverture des enquêtes et champ de l’analyse

EnquêteObservationsUniversPériode de collecte
Enquête formelle auprès des entreprises1 025Établissements privés enregistrés ; au moins 5 employés ; industrie et services admissibles ; couverture nationaleAvr.–déc. 2024
Enquête sur le secteur informel13 410Entreprises non enregistrées de toute taille et de tout secteur dans 9 villesAoût 2024–juil. 2025

Source : compilation de l’auteur à partir des données détaillées et documents de mise en œuvre fournis par la Banque mondiale. Les deux lignes ne décrivent pas le même groupe d’entreprises représenté.

Cette asymétrie commande l’interprétation. Un écart brut combine le statut d’enregistrement avec la taille, le secteur, la géographie, l’âge de l’entreprise et la conception du questionnaire ; il ne peut être interprété comme l’effet causal de la formalisation. L’analyse améliore la comparabilité de trois manières sans prétendre éliminer la sélection : elle présente les résultats dans l’industrie manufacturière, le commerce de détail/revente et les autres services ; elle limite ensuite les deux échantillons aux entreprises de 5 à 19 travailleurs ; enfin, elle estime des modèles pondérés groupés tenant compte de la taille de l’emploi, à l’âge, à la propriété féminine et au grand secteur. Ces résultats restent descriptifs, car les différences non observées et le différence des populations couvertes par les enquêtes subsistent.

Le chiffre d’affaires annuel est déclaré directement par les entreprises formelles. Pour les entreprises informelles, le chiffre d’affaires d’un mois ordinaire est multiplié par 12 ; la saisonnalité et les conventions de rappel peuvent donc influencer la comparaison. L’emploi correspond aux salariés permanents à temps plein dans les établissements formels et aux personnes travaillant au cours d’un mois ordinaire dans les entreprises informelles. La propriété féminine n’est pas non plus définie de manière identique : le questionnaire formel demande si au moins un propriétaire est une femme, tandis que le questionnaire informel indique le sexe du propriétaire. Les mesures de présence numérique et de coupure d’électricité diffèrent encore davantage et ne sont pas traitées comme directement comparables.

Les médianes tenant compte des poids de l’enquête décrivent l’emploi, le chiffre d’affaires, le chiffre d’affaires par travailleur et l’âge, compte tenu de l’asymétrie de leurs distributions. Les proportions et médianes utilisent wmedian, tandis que les intervalles de confiance à 95 % reposent sur 200 répétitions par rééchantillonnage statistique respectant le plan de sondage. Les modèles linéaires ajustés normalisent les poids dans chaque enquête et utilisent des erreurs-types robustes à l’variations irrégulières des données. Les réponses non substantielles — refus, « ne sait pas » et codes non applicables — sont exclues des dénominateurs propres à chaque indicateur.

3. Deux structures d’entreprise distinctes

La comparaison commence par la composition sectorielle, car celle-ci façonne presque tous les écarts ultérieurs. La figure 1 présente la répartition tenant compte des poids de l’enquête entre trois grands groupes d’activités. La population informelle représentée par l’enquête est massivement orientée vers le commerce de détail et la revente, tandis que l’activité formelle se répartit plus uniformément entre industrie manufacturière, commerce et autres services.

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Figure 1. Composition sectorielle des entreprises formelles et informelles

Note : parts tenant compte des poids de l’enquête au moyen de wmedian. Source : estimations de l’auteur à partir des données détaillées.

Le commerce de détail et la revente représentent 82,5 % des entreprises informelles, contre 32,1 % des entreprises formelles. Les autres services constituent 44,2 % du segment formel, mais seulement 12,0 % des entreprises informelles ; les parts correspondantes de l’industrie manufacturière sont de 23,6 % et 5,4 %. Ces écarts ne sont pas marginaux. Ils montrent que l’entreprise informelle moyenne provient d’une structure productive plus étroite et plus fortement commerciale, ce qui limite la portée d’une comparaison globale entre « l’entreprise formelle » et « l’entreprise informelle ».

La taille de l’emploi accentue cette séparation structurelle. Environ 84,5 % des entreprises formelles appartiennent à la catégorie de 5 à 19 travailleurs, en partie du fait du seuil minimal de l’enquête formelle. Parmi les entreprises informelles disposant de données valides, 92,8 % emploient moins de cinq personnes : 53,0 % n’en comptent aucune ou une seule, et 39,8 % en comptent de deux à quatre. Seulement 1,8 % ont de 5 à 19 travailleurs. La médiane est de sept travailleurs dans l’échantillon formel et d’un seul dans l’informel. Une grande partie de l’écart brut d’échelle est donc incorporée dans les populations observées, mais la rareté des grandes entreprises informelles est elle-même substantiellement importante.

L’âge des entreprises raconte une histoire similaire de continuité et de maturité organisationnelle. La figure 2 montre que les entreprises informelles se concentrent dans les catégories les plus jeunes, tandis que les entreprises formelles sont davantage représentées parmi les unités anciennes.

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Figure 2. Répartition des entreprises selon l’âge

Note : parts tenant compte des poids de l’enquête. L’âge correspond à l’année de l’entretien moins l’année de création ; les valeurs invraisemblables sont exclues. Source : estimations de l’auteur.

Près de la moitié des entreprises informelles — 45,8 % — ont au plus deux ans, contre 3,6 % des entreprises formelles. L’entreprise informelle médiane a trois ans, contre 11 ans pour l’entreprise formelle médiane. Les données observées à un moment donné ne permettent pas de savoir si les jeunes entreprises informelles disparaissent, restent petites ou finissent par s’enregistrer. Elles établissent néanmoins que toute comparaison de performance oppose aussi des entreprises situées à des stades très différents de leur cycle de vie. Une survie plus longue peut permettre d’accumuler clientèle, capital et dossiers comptables ; inversement, les entreprises les plus solides peuvent être celles qui survivent et se formalisent.

4. Échelle, chiffre d’affaires et productivité du travail

Le tableau 2 regroupe les principales estimations et leurs intervalles de confiance par rééchantillonnage statistique. Il met en évidence un résultat central : la différence financière la plus importante et la mieux définie concerne la détention d’un compte, tandis que les écarts d’échelle et de chiffre d’affaires dépassent largement celui du recours actuel au crédit.

Tableau 2. Comparaison tenant compte des poids de l’enquête des principaux indicateurs

IndicateurFormel (IC à 95 %)Informel (IC à 95 %)Écart ou rapport
Emploi médian7,0 (7,0–8,0)1,0 (1,0–1,0)+6 travailleurs
Âge médian11,0 (10,0–12,0)3,0 (3,0–3,0)+8 ans
Chiffre d’affaires annuel médian176,2m CDF (119,5m–256,3m)4,8m CDF (4,8m–4,9m)36,7×
Chiffre d’affaires médian par travailleur24,1m CDF (16,2m–30,0m)3,0m CDF (3,0m–3,4m)8,0×
Compte bancaire professionnel51,0 % (47,4–55,3)6,7 % (6,0–7,3)+44,3 pp
Prêt/crédit en cours8,7 % (6,6–11,1)4,9 % (4,3–5,6)+3,7 pp
Demande de prêt8,5 % (6,6–11,1)13,2 % (12,1–14,3)–4,6 pp

Source : estimations de l’auteur. Les estimations utilisent wmedian et 200 répétitions par rééchantillonnage statistique. « pp » signifie points de pourcentage. Les différences combinent la formalité avec les écarts d’univers et de mesure.

Le chiffre d’affaires annuel médian atteint 176,2 millions de CDF dans le secteur formel et 4,8 millions dans le secteur informel, soit un rapport brut de 36,7. Le calcul par travailleur réduit l’écart, mais la médiane formelle reste huit fois supérieure. Le chiffre d’affaires par travailleur est un indicateur de productivité fondé sur les recettes, et non la valeur ajoutée : il peut refléter les prix, les marges, l’intensité capitalistique, les heures travaillées, la gamme de produits et les pratiques déclaratives autant que l’efficacité physique. Le chiffre d’affaires informel est en outre annualisé à partir d’un mois ordinaire. L’ampleur est donc informative, sans constituer un effet pur de productivité.

La figure 3 situe la comparaison du chiffre d’affaires dans les grands secteurs. La prise en compte du secteur est importante, car les entreprises formelles sont davantage concentrées dans les services et l’industrie, mais la composition sectorielle ne suffit pas à expliquer l’écart observé.

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Figure 3. Chiffre d’affaires annuel médian par grand secteur

Note : CDF, échelle logarithmique. Le chiffre d’affaires mensuel informel est multiplié par 12. Source : estimations de l’auteur.

Le chiffre d’affaires médian formel dépasse le chiffre informel dans l’industrie manufacturière, le commerce de détail/revente et les autres services. Les rapports sont respectivement d’environ 13,0, 40,8 et 34,2. Cette configuration intra-sectorielle est compatible avec de véritables différences d’échelle, de capital, de portée commerciale et de capacité organisationnelle, mais elle ne permet pas d’identifier le mécanisme décisif. Elle n’établit pas non plus que l’enregistrement transformerait une entreprise autrement identique en entreprise formelle observée.

La comparaison entre entreprises de taille comparable constitue un test plus strict. Le tableau 3 limite les deux échantillons aux entreprises de 5 à 19 travailleurs, ce qui rapproche l’emploi médian — six travailleurs dans le formel et cinq dans l’informel. Seules 221 observations informelles satisfont cette condition : les résultats décrivent donc un petit groupe sélectionné d’entreprises informelles relativement grandes, et non l’entreprise informelle typique.

Tableau 3. Entreprises comptant de 5 à 19 travailleurs

IndicateurFormelInformelÉcart ou rapport
Travailleurs médians6,05,0+1,0
Chiffre d’affaires annuel médian139,7m CDF6,0m CDF23,3×
Chiffre d’affaires médian par travailleur20,6m CDF1,1m CDF19,1×
Âge médian10,04,0+6 ans
Indicateur de propriété féminine25,5 %41,5 %–16,0 pp
Compte bancaire professionnel47,2 %23,8 %+23,4 pp
Prêt/crédit en cours6,3 %16,5 %–10,2 pp
Demande de prêt7,4 %26,2 %–18,8 pp

Source : estimations de l’auteur. n formel = 813 et n informel = 221 avant la prise en compte des valeurs manquantes propres à chaque indicateur. Les concepts de crédit et de propriété féminine diffèrent entre les enquêtes.

L’écart de performance résiste à cette restriction. Le chiffre d’affaires médian formel est 23,3 fois supérieur et le chiffre d’affaires par travailleur 19,1 fois supérieur. La détention d’un compte reste également plus élevée de 23,4 points de pourcentage. En revanche, la configuration du crédit s’inverse : les grandes entreprises informelles déclarent davantage de demandes et de prêts en cours que les entreprises formelles de taille comparable. Cela ne prouve pas qu’elles bénéficient d’un meilleur accès au crédit bancaire — la question informelle peut englober davantage de prêteurs — mais montre pourquoi l’endettement courant ne constitue pas un indicateur simple d’inclusion financière.

5. Inclusion financière : comptes, demandes et contraintes

La figure 4 distingue trois étapes de l’engagement financier : détenir un compte, solliciter un financement et disposer d’un prêt ou d’une ligne de crédit. Cette séquence est utile, car l’accès à un compte de transaction est une capacité fondamentale, tandis que l’emprunt observé reflète conjointement la demande, l’éligibilité, l’offre des prêteurs et les anticipations des entreprises.

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Figure 4. Inclusion financière et recours au crédit

Note : parts tenant compte des poids de l’enquête. Le crédit formel désigne un prêt ou une ligne accordé par une institution financière ; la mesure informelle concerne un prêt professionnel et peut inclure d’autres sources. Source : estimations de l’auteur.

L’écart de détention d’un compte est saisissant : 51,0 % des entreprises formelles disposent d’un compte courant ou d’épargne, contre 6,7 % des entreprises informelles utilisant un compte pour leur activité. En revanche, seulement 8,7 % des entreprises formelles et 4,9 % des entreprises informelles déclarent un crédit en cours. Les entreprises informelles sont plus nombreuses à avoir récemment déposé une demande — 13,2 % contre 8,5 %. Les résultats indiquent donc une exclusion étendue des infrastructures financières de base dans l’informel, mais un recours limité au crédit dans les deux segments.

Pour les entreprises qui n’ont pas sollicité de crédit, la figure 5 présente la raison principale déclarée. Elle apporte une nuance du côté de la demande : l’absence de demande ne peut être automatiquement assimilée à un rationnement, car de nombreux répondants disent ne pas avoir besoin de financement externe. La répartition des autres motifs révèle néanmoins des obstacles perçus différents.

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Figure 5. Principale raison de ne pas solliciter de crédit

Note : parts tenant compte des poids de l’enquête parmi les non-demandeurs ayant fourni une réponse valide. Les catégories harmonisées peuvent ne pas être formulées à l’identique. Source : estimations de l’auteur.

« Aucun besoin » ou des capitaux suffisants constitue la réponse la plus fréquente dans les deux groupes, surtout dans l’informel (52,3 %, contre 34,6 % dans le formel). Les entreprises formelles citent plus souvent des taux d’intérêt élevés ou défavorables (25,9 % contre 13,5 %) et les exigences de garantie (13,6 % contre 7,5 %). Les entreprises informelles mentionnent davantage la crainte d’un rejet ou l’obstacle de l’enregistrement (10,0 % contre 3,6 %) et la complexité des procédures (9,6 % contre 7,2 %). Ces réponses expriment des perceptions plutôt que des décisions de prêteurs vérifiées, mais elles indiquent qu’une intervention unique ne couvrirait pas la diversité des contraintes.

Les modèles ajustés renforcent la distinction entre bancarisation et emprunt. Après prise en compte de la taille, de l’âge, de la propriété féminine et du secteur, l’indicateur d’entreprise formelle est associé à une probabilité supérieure de 30,0 points de détenir un compte. Il est simultanément associé à une probabilité inférieure de 4,1 points d’avoir un crédit en cours et de 13,3 points d’avoir récemment déposé une demande. Le coefficient du chiffre d’affaires correspond à environ 16,7 fois le chiffre annuel d’une entreprise informelle comparable sur les caractéristiques observées. Puisque le statut formel résulte d’une sélection et que les cadres diffèrent, il s’agit de écarts observés après prise en compte des caractéristiques disponibles et non d’effets causaux.

6. Propriété, engagement numérique et infrastructures

Les données renseignent également la participation des femmes, l’engagement numérique et la fiabilité de l’électricité, mais ces comparaisons exigent une prudence particulière. L’indicateur de propriété féminine est de 60,3 % dans l’enquête informelle et de 25,0 % dans l’enquête formelle. Cette différence est suggestive — les femmes sont fortement représentées parmi les propriétaires informels, surtout dans le commerce — mais les variables ne sont pas équivalentes. Le questionnaire formel demande si au moins un propriétaire est une femme ; le questionnaire informel enregistre le sexe du propriétaire. Elles ne doivent donc pas être interprétées comme des parts comparables de propriété ni comme une mesure du contrôle, des capitaux propres ou du pouvoir décisionnel.

Les mesures numériques sont également distinctes. L’enquête formelle demande si l’établissement possède son propre site web ; l’enquête informelle demande s’il vend des biens ou services en ligne. Les estimations correspondantes — 11,7 % et 15,8 % — décrivent des capacités différentes. Une entreprise peut vendre par l’intermédiaire d’une plateforme sociale sans posséder de site web, et un site web n’autorise pas nécessairement la vente en ligne. Les données permettent de conclure que l’engagement numérique reste limité, mais pas d’établir un classement formel–informel.

Les coupures d’électricité témoignent de perturbations étendues, mais ne permettent pas une comparaison valable de la fiabilité du réseau. Quelque 77,4 % des entreprises formelles déclarent une coupure au cours du dernier exercice. Parmi les entreprises informelles qui ont besoin d’électricité et ont fourni une réponse valide, 57,9 % déclarent une coupure durant le mois précédent. La période de référence plus longue dans le formel et le filtrage du dénominateur informel rendent les pourcentages incomparables. La conclusion appropriée est que les perturbations touchent les deux segments et justifient une mesure harmonisée lors de futures enquêtes.

7. Discussion : segmentation plutôt que prime à l’enregistrement

Pris ensemble, les résultats décrivent un système d’entreprises segmenté. L’entreprise informelle typique est une jeune unité de commerce de détail, souvent individuelle ou de très petite taille. L’établissement formel typique est plus ancien, satisfait un seuil minimal d’emploi, est davantage diversifié dans les services et l’industrie, et dispose beaucoup plus souvent d’un compte bancaire. Cette configuration concorde avec les approches dualistes selon lesquelles les entreprises formelles et informelles diffèrent par leurs capacités fondamentales et leurs positions de marché (La Porta & Shleifer, 2014). Elle ne prouve toutefois aucune théorie particulière, puisque les enquêtes échantillonnent délibérément des populations différentes.

Trois résultats précisent cette interprétation. Premièrement, l’écart de chiffre d’affaires subsiste dans les comparaisons sectorielles et entre entreprises de taille comparable : l’emploi et le secteur en expliquent une partie, mais non la totalité. Deuxièmement, la détention d’un compte constitue un marqueur plus clair de connexion institutionnelle que l’emprunt. Les entreprises formelles sont beaucoup plus souvent reliées aux comptes de transaction, mais peu d’entreprises utilisent le crédit dans l’un ou l’autre segment. Troisièmement, les grandes entreprises informelles ne s’inscrivent pas dans une hiérarchie simple où le statut formel prédirait toujours un engagement financier supérieur : elles déclarent davantage de demandes et de crédits en cours que les entreprises formelles de taille comparable, malgré leur retard en matière de comptes et de chiffre d’affaires.

Ces résultats expliquent aussi pourquoi les politiques centrées uniquement sur le coût administratif de l’enregistrement obtiennent souvent des réponses limitées. Dans d’autres pays, l’information gratuite, le remboursement des frais ou la simplification des procédures n’incitent pas la majorité des microentreprises informelles à s’enregistrer, tandis que les rendements de la formalisation varient selon l’entreprise (Bruhn & McKenzie, 2014 ; de Mel et al., 2013 ; McKenzie & Sakho, 2010). Les données de la RDC ne permettent pas d’estimer ces rendements, mais la forte séparation structurelle observée rend peu probable qu’une campagne uniforme d’enregistrement suffise à traiter les contraintes sous-jacentes.

Une politique plus crédible partirait des trajectoires d’entreprise. Pour la grande masse des entreprises informelles de un à quatre travailleurs, les priorités comprennent des comptes de transaction sûrs et peu coûteux, une comptabilité élémentaire, des produits adaptés d’épargne et de fonds de roulement, des services de développement d’entreprise et des infrastructures fiables. L’enregistrement devrait être simple et proportionné, mais associé à des services procurant un avantage tangible. Pour le petit groupe d’entreprises informelles plus grandes ou orientées vers la croissance, le diagnostic peut porter sur les obstacles à l’enregistrement, l’accès au marché, les normes, les locaux, les substituts aux garanties et les dossiers financiers nécessaires à l’évaluation du prêteur. Les entreprises formelles nécessitent un autre programme : la fréquence des coupures, le faible recours au crédit et les préoccupations relatives aux taux et aux garanties signalent des contraintes que l’enregistrement n’a pas résolues.

Cette approche différenciée est conforme à la Recommandation no 204 de l’OIT, qui conçoit la formalisation comme une transition devant préserver les moyens de subsistance, soutenir des entreprises durables et coordonner les politiques réglementaires, d’emploi et sociales, plutôt que reposer uniquement sur le contrôle (Organisation internationale du Travail, 2015). Elle évite aussi de traiter l’informalité comme un déficit homogène. Certaines entreprises peuvent être des activités de survie sans demande immédiate de statut formel ; d’autres peuvent présenter un potentiel de croissance tout en restant bloquées par des contraintes institutionnelles ou commerciales.

8. Implications pour les politiques et les stratégies de développement économique de la RDC

Les résultats ne conduisent ni à combattre indistinctement le secteur informel, ni à attendre de l’enregistrement qu’il transforme à lui seul la productivité. Ils invitent plutôt à construire des passerelles entre activités de subsistance, entreprises en croissance et économie formelle. La priorité est de rendre la formalisation utile aux entrepreneurs, progressive pour les plus petites unités et liée à des services concrets. L’expérience internationale montre en effet que la simplification administrative est nécessaire, mais rarement suffisante.

9.1. Faire de la formalisation une porte d’accès aux services

Au Bénin, l’introduction d’un statut simple et gratuit d’« entreprenant » a montré que la seule information sur l’enregistrement suscitait peu d’adhésion. En revanche, un dispositif plus complet—visite d’accompagnement, accès facilité à la formation, aide à l’ouverture d’un compte professionnel et médiation avec l’administration fiscale—a accru la formalisation de 16,3 points de pourcentage (Benhassine et al., 2018). La leçon pour la RDC est directe : l’enregistrement devrait donner accès à un ensemble visible d’avantages, par exemple un compte professionnel simplifié, une identité commerciale reconnue, une comptabilité élémentaire, des formations courtes, l’accès aux marchés publics de faible montant et un accompagnement fiscal pendant les premières années.

Un statut progressif pourrait distinguer trois niveaux : l’activité individuelle ou familiale, la microentreprise en développement et l’entreprise pleinement formelle. Les obligations augmenteraient avec la taille et le chiffre d’affaires, tandis que les droits et services deviendraient plus importants. Une telle démarche réduirait la crainte d’une entrée immédiate dans un système fiscal et réglementaire trop lourd.

9.2. Mettre en place un guichet unique réellement accessible

D’autres pays Africains ont simplifié l’enregistrement des entreprises grâce à un guichet unique et à l’utilisation de services numériques. Les données administratives ont permis de suivre les nouvelles inscriptions, les paiements fiscaux, l’emploi et les exportations, ce qui a renforcé la capacité de pilotage de la réforme (Savini Zangrandi & Mogollon, 2015). Pour la RDC, un guichet unique devrait relier, autant que possible, l’identification de l’entreprise, le registre du commerce, le numéro fiscal, les autorisations locales et l’affiliation sociale. Il devrait être disponible en ligne, mais aussi par des points physiques dans les communes, territoires et organisations professionnelles afin de ne pas exclure les entrepreneurs disposant d’une faible connexion ou d’une maîtrise numérique limitée.

Le succès ne devrait pas être mesuré seulement par le nombre d’entreprises enregistrées. Il faudrait aussi suivre le délai réel, le coût total payé par l’entrepreneur, la proportion d’entreprises encore actives après deux ans, l’utilisation effective des comptes professionnels et la création d’emplois.

9.3. Adapter la fiscalité à la taille et à la capacité des entreprises

Le programme brésilien SIMPLES a regroupé plusieurs impôts et cotisations en un paiement unique et réduit la charge applicable aux petites entreprises. Certaines études ont constaté une progression de la formalité et de plusieurs indicateurs de performance, tandis que des réévaluations ultérieures ont souligné que les effets variaient selon la méthode et le groupe d’entreprises considéré (Fajnzylber et al., 2011 ; Piza, 2016). Pour la RDC, l’enseignement n’est donc pas qu’un impôt simplifié produira automatiquement la croissance, mais qu’un système lisible, proportionné et stable peut réduire l’incertitude.

Une stratégie crédible pourrait prévoir une contribution forfaitaire très légère pour les plus petites activités, un régime simplifié fondé sur des tranches transparentes pour les micro et petites entreprises, puis le régime ordinaire au-delà d’un seuil clairement annoncé. Les paiements numériques et les reçus automatiques réduiraient les contacts discrétionnaires, les coûts de déplacement et le risque de prélèvements non officiels. Toute extension de l’assiette devrait être accompagnée d’une charte du contribuable, d’un mécanisme de recours et d’une période d’apprentissage plutôt que d’une logique immédiatement punitive.

9.4. Placer les comptes de transaction et les paiements numériques avant le crédit

L’écart le plus net observé en RDC concerne la détention d’un compte professionnel, et non l’emprunt. Le Ghana a cherché à élargir l’inclusion financière en numérisant les paiements publics et de services, en développant les agents de proximité, en reliant les circuits financiers informels aux services réglementés et en renforçant les compétences financières (Banque mondiale, 2019). Pour la RDC, la première étape devrait être de permettre à chaque entreprise viable de recevoir et d’effectuer des paiements à faible coût, de séparer les finances du ménage de celles de l’activité et de constituer progressivement un historique de transactions.

Les banques, institutions de microfinance et opérateurs de monnaie mobile pourraient proposer des comptes professionnels allégés, avec des exigences d’identification proportionnées et des frais clairement publiés. L’historique de paiement ne devrait toutefois être utilisé pour le crédit qu’avec le consentement de l’entrepreneur, des règles de protection des données et des mécanismes de correction. Le financement pourrait ensuite être développé par étapes : épargne et fonds de roulement, garanties partielles pour les entreprises présentant un potentiel démontré, affacturage ou financement de commandes, puis crédit d’investissement.

9.5. Soutenir la productivité par des stratégies sectorielles et territoriales

La domination du commerce de détail dans l’informel indique qu’une politique générale de formalisation ne suffira pas à diversifier l’économie. La RDC doit compléter la réforme administrative par des stratégies productives ciblées : services communs et équipements partagés pour les petits fabricants ; entrepôts, information sur les prix et logistique pour les commerçants ; normes, compétences et outils numériques pour les services ; liens organisés avec les chaînes de valeur agricoles, minières et de construction. Les programmes devraient privilégier les groupes d’entreprises et les territoires où l’accès à l’électricité, aux routes, aux marchés et aux compétences peut produire des gains collectifs.

Les entreprises dirigées par des femmes méritent une attention explicite, car elles sont fortement représentées dans le segment informel couvert par l’enquête. L’appui devrait aller au-delà du microcrédit : sécurisation des lieux d’activité, accès aux équipements, garde d’enfants, compétences de gestion, marchés publics adaptés, réseaux commerciaux et produits financiers tenant compte des contraintes de garantie.

9.6. Une mise en œuvre progressive, coordonnée et évaluée

Une première phase de douze à dix-huit mois pourrait tester le dispositif dans quelques villes présentant des profils économiques différents. Elle associerait guichet unique, statut progressif, compte professionnel à faible coût, formation courte et médiation fiscale. Une deuxième phase comparerait les résultats entre sites et ajusterait les seuils, services et procédures. L’extension nationale ne viendrait qu’après vérification de la survie des entreprises, de l’utilisation des services et du rapport entre coûts administratifs et bénéfices économiques.

La coordination devrait réunir les administrations chargées de l’économie, des petites entreprises, des finances, du commerce, du travail et du numérique, ainsi que les provinces, les communes, la Banque centrale, les institutions financières et les organisations d’entrepreneurs. Un tableau de bord public pourrait suivre un nombre limité d’indicateurs : délai et coût de l’enregistrement, nombre d’entreprises actives après deux ans, comptes professionnels utilisés, emplois créés, part des femmes bénéficiaires, accès à l’électricité, chiffre d’affaires déclaré et satisfaction des entrepreneurs.

En définitive, le développement économique de la RDC dépendra moins d’une opposition entre secteur formel et secteur informel que de sa capacité à organiser des parcours de progression. La formalisation doit devenir un contrat crédible : l’entreprise accepte des règles simples et graduelles ; l’État garantit des services, de la prévisibilité, des infrastructures et une protection contre les prélèvements arbitraires. C’est cette combinaison—et non l’enregistrement isolé—qui peut transformer l’énergie entrepreneuriale en entreprises durables, en emplois plus productifs et en une base économique et fiscale plus solide.

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