« Vous n’êtes pas seuls ». À Bunia, épicentre de la 17e épidémie d’Ebola qui frappe la province de l’Ituri, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a apporté un message de fermeté et de solidarité. Face à un virus Bundibugyo sans vaccin ni traitement spécifique, le chef de l’OMS a réaffirmé l’engagement sans faille de son institution : « Nous resterons aux côtés de la RDC aussi longtemps qu’il le faudra. Notre engagement ne prend pas fin avec l’épidémie ». Plaidant pour l’appropriation communautaire, des funérailles sûres et une levée des restrictions de voyage contre-productives, le patron de l’agence onusienne a lancé un appel à la solidarité internationale pour enrayer une crise qui a déjà fait 246 morts en RDC et s’étend à l’Ouganda voisin.
« Vous n’êtes pas seuls dans cette épreuve ». A Bunia, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), le chef de l’agence sanitaire mondiale de l’ONU (OMS) a apporté, samedi, son soutien aux habitants de la capitale de la province de l’Ituri, épicentre de la 17e épidémie d’Ebola dans ce pays de la région des Grands Lacs.
«Nous sommes là, nous sommes avec vous, et nous irons jusqu’au bout ensemble. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) restera aux côtés de la RDC aussi longtemps qu’il le faudra. Notre engagement ne prend pas fin avec l’épidémie», a déclaré lors d’une conférence de presse, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lançant un appel à un renforcement de l’aide internationale pour lutter contre la propagation du virus Bundibugyo.
S’adressant aux journalistes, le Directeur général de l’OMS a rappelé que les humanitaires ne sont pas dans l’Est de la RDC « pour dicter ou dire aux gens ce qu’ils doivent faire ». « Nous sommes ici pour écouter tous les membres de la communauté, parce que la communauté connaît les problèmes ainsi que les solutions », a-t-il ajouté.
L’appropriation communautaire au cœur de la riposte
Une façon de rappeler que c’est l’appropriation communautaire qui permettra de mettre fin à cette épidémie. Un principe qui sera au cœur des rencontres prévues sur le terrain. Durant son séjour à Bunia, le Chef de l’OMS entend rencontrer des groupes de femmes, des chefs religieux, des chefs d’entreprise et des jeunes. Car « instaurer la confiance prend du temps, et cela commence par l’écoute », a insisté le Dr Tedros.
Face à cette mobilisation, les défis sanitaires restent toutefois considérables. La vague actuelle est provoquée par le virus Bundibugyo, pour lequel il n’existe ni traitement spécifique, ni vaccin. La plupart des épidémies précédentes ont été dues au virus Zaïre, le seul pour lequel un vaccin est homologué.
«Mais tout n’est pas perdu. Il existe dans ce pays une expérience solide » et «nous pouvons mettre fin à cette épidémie », a rassuré le Dr Tedros, soulignant qu’il est possible de survivre à ce virus Bundibugyo «grâce à des soins médicaux de qualité, et certaines personnes ici en Ituri se sont déjà rétablies». «Se faire soigner rapidement fait toute la différence», a-t-il insisté.
Alors que l’OMS et ses partenaires ont recommandé des essais cliniques pour plusieurs vaccins et traitements potentiellement efficaces contre Bundibugyo, l’agence rappelle certains fondamentaux comme l’hygiène des mains, qui est « essentielle ».
Appel à la solidarité internationale
L’autre combat consiste à la diffusion d’informations fiables. La lutte contre Ebola passe aussi par des funérailles sûres et dignes. Le chef de l’OMS a rappelé que certaines pratiques funéraires, notamment le contact avec les dépouilles des victimes d’Ebola, peuvent favoriser la transmission du virus.
D’où l’importance de concilier respect des défunts et mesures de protection afin de prévenir de nouvelles contaminations.
Face à l’ampleur de la crise, l’OMS plaide également pour un renforcement de l’aide internationale. L’agence onusienne met aussi en garde contre certaines mesures jugées contre-productives.
Le chef de l’OMS a ainsi appelé les pays ayant imposé des restrictions de voyage ou des fermetures de frontières à les reconsidérer, estimant que ces mesures compliquent la riposte et « nuisent à la transparence qui permet de sauver des vies ».
Lors de sa descente d’avion, le jeudi 28 mai à Kinshasa, le patron de l’OMS a ainsi insiste sur la nécessité de soutenir les autorités sanitaires nationales, qui, selon lui, « ont vraiment besoin d’appui ». Il a eu plusieurs entretiens à Kinshasa mais il n’a pas été reçu par le Président Félix Tshisekedi. Vendredi, il a rencontré la Première Ministre Judith Suminwa. Il a profité de ce tête-à-tête pour critiquer les pays qui ferment leur frontières ou annoncent des restrictions de visas.
Pour rappel, la RDC a déclaré le 15 mai une nouvelle épidémie frappant son immense territoire de plus de 100 millions d’habitants. L’OMS a déclenché une alerte sanitaire internationale. Le virus à l’origine de la maladie Ebola, qui provoque une fièvre hémorragique extrêmement contagieuse, a déjà été détecté dans trois provinces congolaises ainsi qu’en Ouganda voisin, où deux nouveaux cas ont été confirmés vendredi, portant à neuf le nombre de cas confirmés recensés dans ce pays d’Afrique de l’Est.
En RDC, 246 décès sur plus de 1.000 cas suspects ont été enregistrés, selon un bilan jeudi de l’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine (UA).
La province de l’Ituri compte une large majorité des cas confirmés en RDC, selon l’OMS. Les services de l’État y sont largement absents dans les zones rurales, et la présence de groupes armés qui massacrent régulièrement des civils y rend l’accès difficile.


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