Qu’est-ce qui se trame réellement entre Kinshasa et La Haye ? Alors que le Ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, séjourne aux Pays-Bas du 21 au 27 juin 2026, le mutisme de son cabinet alimente toutes les spéculations. Derrière les éléments de langage habituels axés sur « le renforcement de la coopération judiciaire », les observateurs avertis y voient le signal faible d’une offensive imminente. Entre dossiers brûlants de crimes de guerre à l’Est et accélération de la lutte contre l’impunité, la présence du Garde des sceaux au cœur de la justice pénale internationale prouve que les lignes bougent. Décryptage des coulisses d’une mission mystérieuse où tout indique que, dans l’ombre, quelque chose de décisif se prépare.
Le Ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a posé ses valises à La Haye pour une mission de six jours qui pourrait marquer un tournant dans la stratégie judiciaire congolaise. Entre rencontres avec la Cour pénale internationale, la Cour internationale de Justice et les experts néerlandais en police scientifique, ce déplacement discret mais stratégique laisse entrevoir un changement de cap : Kinshasa ne veut plus seulement dénoncer, elle veut agir.
Le communiqué du cabinet du Garde des sceaux, sobre et circonspect, se limite à évoquer une volonté de « renforcer la coopération judiciaire internationale, promouvoir le respect du droit international et intensifier la lutte contre l’impunité ». Mais entre les lignes, c’est un agenda dense qui se dessine. Au programme : des séances de travail avec les responsables de la CPI, de la CIJ, les autorités néerlandaises, mais aussi — et c’est peut-être le plus significatif — les dirigeants du Netherlands Forensic Institute (NFI), l’institut néerlandais de police scientifique.
Ce volet technique n’est pas anodin. Dans un système judiciaire où les preuves scientifiques font cruellement défaut, l’expertise du NFI pourrait apporter un savoir-faire précieux aux enquêteurs et magistrats congolais. L’enjeu est de taille : améliorer la collecte et la préservation des preuves, renforcer les capacités d’enquête sur les crimes graves, et combler les insuffisances techniques qui paralysent trop souvent les juridictions du pays.
Passer de la posture de victime à celle d’acteur
Pour Kinshasa, l’ambition affichée est claire : faire de la lutte contre l’impunité le cheval de bataille de la RDC sur la scène judiciaire internationale. Trop longtemps, le pays a subi les rapports et les enquêtes venues d’ailleurs, sans parvenir à faire aboutir les dossiers les plus sensibles. Guillaume Ngefa, juriste et ancien haut fonctionnaire onusien des droits de l’homme, entend inverser la logique.
En tissant des partenariats concrets avec les institutions de La Haye, le Garde des sceaux veut offrir collaboration, données et volonté politique, en échange d’une justice plus rapide, plus visible et plus dissuasive. Une stratégie qui s’inscrit dans la riposte globale du gouvernement face à l’agression rwandaise via la rébellion AFC/M23 dans l’Est du pays. Le président Félix Tshisekedi a à plusieurs reprises engagé l’exécutif à renforcer le front judiciaire international, pour obtenir réparation, poursuivre les auteurs de crimes de guerre et documenter le pillage des ressources naturelles.
Signe avant-coureur
Cette mission à La Haye intervient dans un contexte où la question de la responsabilité des auteurs des crimes de l’Est reste au cœur des préoccupations nationales. Malgré les nombreuses enquêtes menées au fil des années, peu de dossiers ont abouti à des condamnations à la hauteur des attentes des victimes et de leurs familles.
Guillaume Ngefa, figure historique de la lutte pour les droits humains en RDC, incarne à lui seul un paradoxe : le critique des régimes autoritaires, passé par l’ONU et les plus hautes instances internationales, doit désormais réformer de l’intérieur un système judiciaire miné par le clientélisme et la corruption. Sa nomination en août 2025 avait d’ailleurs été perçue comme un pari risqué, voire un « alibi pour Tshisekedi ».
Alors, quelque chose se prépare-t-il vraiment entre La Haye et Kinshasa ? La réponse est oui.
Le choix de cette mission, à ce moment précis, envoie un signal clair : la RDC ne se contente plus d’attendre que la justice internationale vienne à elle. Elle part à sa rencontre, munie d’un agenda technique et diplomatique exigeant. Mais le succès de cette offensive ne se mesurera pas au nombre de réunions tenues dans les couloirs feutrés des institutions de La Haye. Il se jouera sur le terrain, dans la capacité à transformer ces partenariats en résultats tangibles pour les Congolais : des enquêtes qui aboutissent, des procès qui se tiennent, des condamnations qui frappent. Car la lutte contre l’impunité, comme le rappellent les observateurs, se gagne moins dans les déclarations que dans le fonctionnement quotidien des institutions judiciaires.
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