Pendant cinq ans, entre 2020 et 2025, l’Inspection Générale des Finances (IGF) a habitué l’opinion publique congolaise à un rituel bien précis : celui du grand déballage. Si cette méthode a eu le mérite de briser l’omerta autour des crimes économiques, elle s’est trop souvent accompagnée d’effets pervers, livrant des gestionnaires à la vindicte populaire avant même toute sentence judiciaire, au mépris du principe sacré de la présomption d’innocence.
Aujourd’hui, un vent de changement radical souffle sur l’avenue Haut commandement. Depuis sa prise de fonction en mai 2025, le patron de l’IGF, Christophe Bitasimwa Bahii, impose un nouveau cap qui redéfinit l’orthodoxie du flic financier en chef de la République : l’ère du spectacle est révolue, place à l’efficacité systémique.
La déclaration de Christophe Bitasimwa lors du séminaire de renforcement des capacités des partenaires médias et de la société civile résonne comme une charte de rupture. En affirmant haut et fort que » le travail de l’IGF est censé se faire dans le secret » et qu’il n’est plus question de citer publiquement des noms pour jeter des citoyens en pâture, il remet l’église au milieu du village.
Il ne s’agit pas d’un recul, encore moins d’une complaisance coupable, mais d’une exigence de responsabilité. L’IGF n’est ni un tribunal populaire ni un tribunal tout court. En choisissant la discrétion et le respect de la dignité humaine, l’institution renforce sa crédibilité et évite de polluer les procédures judiciaires qui doivent impérativement suivre ses enquêtes.
Pour remplacer le sensa-tionnalisme hier utilisé comme arme de dissuasion, Christophe Bitasimwa installe une arme bien plus redoutable : le contrôle systémique. Intégrée au Plan stratégique triennal 2026-2028, cette approche vise à verrouiller les failles administratives et financières avant même que le détournement ne se produise. L’objectif est clair : protéger les finances de l’État en amont, plutôt que de constater les dégâts en aval.
Cependant, ce changement de doctrine s’accompagne d’un constat lucide. La corruption en République Démocratique du Congo n’est pas qu’une affaire de gros poissons ou de ministères budgétivores ; elle est devenue un fléau sociétal qui prend racine dès le cercle familial.
« La corruption n’est pas l’affaire de la seule IGF. C’est une affaire de toute la société congolaise », rappelle à juste titre le Chef de service.
Le nouveau vent qui souffle à l’IGF est donc celui de la maturité institutionnelle. Entre la rigueur technique du contrôle systémique et le respect scrupuleux des droits des contrôlés, Christophe Bitasimwa trace une voie moderne pour la bonne gouvernance en RDC. Une voie où la lutte contre le détournement des deniers publics ne se mesure plus au bruit des scandales, mais à la solidité des digues érigées pour protéger le Trésor public.
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