Fausse alerte ! «Aucun cas confirmé d’Ebola à Kinshasa », rassure Samuel-Roger Kamba

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Alors que les rumeurs d’une présence du virus Ebola à Kinshasa alimentent l’inquiétude dans certains quartiers et sur les réseaux sociaux, le Ministre de la Santé publique, Samuel-Roger Kamba, veut mettre fin à la confusion. Aucun cas confirmé de l’épidémie actuelle n’a été enregistré dans la capitale, assure-t-il. Cette mise au point intervient au moment où la RDC fait face à une importante flambée de maladie à virus Ebola, principalement concentrée dans l’est du pays. Pour le Gouvernement, la situation impose une vigilance constante, mais ne justifie pas une panique généralisée à Kinshasa.

Depuis quelques jours, des informations faisant état de prétendus cas d’Ebola à Kinshasa circulent dans l’opinion, notamment à travers les réseaux sociaux. Ces messages, souvent dépourvus de sources fiables, ont rapidement alimenté l’inquiétude de nombreux habitants.

Face à cette situation, le Ministre de la Santé publique a tenu à clarifier la situation épidémiologique dans la capitale. « Aucun cas confirmé dans la ville de Kinshasa», a-t-il affirmé, rejetant ainsi les informations laissant croire que Kinshasa serait déjà confrontée à une propagation locale du virus.

Pour les autorités sanitaires, cette précision est importante : la présence d’un patient présentant certains symptômes ou faisant l’objet d’une surveillance ne signifie pas automatiquement qu’il est atteint d’Ebola. Seuls les examens de laboratoire permettent de confirmer ou d’infirmer une infection.

Kinshasa sous surveillance, mais pas sous Ebola

L’absence de cas confirmé ne signifie cependant pas que la capitale est dispensée de vigilance. Compte tenu de l’importance démographique de Kinshasa et de ses nombreux mouvements de population avec les différentes provinces du pays, les autorités sanitaires maintiennent un dispositif de surveillance destiné à détecter rapidement tout cas suspect.

L’objectif est d’éviter qu’une éventuelle introduction du virus dans la capitale puisse se transformer en transmission communautaire. Mais cette surveillance doit être distinguée d’une situation épidémique. Kinshasa n’est pas, à ce stade, un foyer de l’épidémie actuelle, insiste le ministère de la Santé.

Le message adressé à la population est donc simple : rester attentive aux consignes sanitaires, tout en refusant de céder aux rumeurs et aux informations non vérifiées.

Une épidémie qui reste concentrée dans l’Est

L’épidémie actuelle demeure principalement concentrée dans le nord-est de la RDC, avec l’Ituri comme principal épicentre.

Selon les éléments communiqués par le Ministre Samuel-Roger Kamba, 85 à 90 % des cas sont concentrés en Ituri, tandis que le Nord-Kivu constitue la deuxième province la plus touchée. Des cas ont également été rapportés dans la Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé.

Cette concentration géographique permet de relativiser l’idée d’une propagation uniforme de la maladie à l’ensemble du territoire national.

Le Ministre a d’ailleurs appelé à une lecture plus précise des chiffres. Une zone de santé peut être considérée comme touchée dès la confirmation d’un seul cas, ce qui peut donner l’impression d’une extension géographique beaucoup plus importante que la réalité de la transmission à l’échelle des aires de santé.

Une maladie sérieuse, mais une riposte renforcée

Le Gouvernement ne cherche toutefois pas à minimiser la gravité de la situation.

Après trois mois d’épidémie, le bilan communiqué fait état de plus de 5.000 cas confirmés et d’environ 2.370 décès, soit une létalité proche de 47 %. Ces chiffres restent préoccupants et justifient le maintien d’une riposte sanitaire rigoureuse.

L’épidémie est liée au virus Ebola de type Bundibugyo, une souche différente du virus Zaïre, responsable de plusieurs précédentes flambées en RDC.

Selon le Ministre, cette souche présente toutefois une létalité qui semble inférieure à celle observée lors de certaines épidémies provoquées par le virus Zaïre.

Mais au-delà des chiffres, les autorités mettent surtout en avant le renforcement progressif des capacités de réponse. En deux mois, la RDC serait ainsi passée de l’absence de laboratoires opérationnels dédiés à environ 20 laboratoires capables de contribuer à la riposte, tandis que la capacité d’accueil aurait atteint près de 1.600 lits.

Pourquoi la maladie se propage-t-elle rapidement ?

L’une des difficultés majeures identifiées par les autorités tient aux premiers symptômes du virus Bundibugyo. Contrairement à l’image classique que certaines personnes peuvent avoir d’Ebola, la maladie ne commence pas nécessairement par des manifestations spectaculaires.

Les premiers signes peuvent être relativement banals : fièvre, maux de tête, fatigue ou douleurs abdominales, avant l’apparition éventuelle de diarrhées et de vomissements. Les manifestations hémorragiques, quant à elles, seraient beaucoup moins fréquentes.

Cette particularité peut retarder le recours aux soins. Une personne infectée peut continuer à vivre au sein de sa communauté pendant plusieurs jours sans mesurer la gravité de son état, augmentant ainsi le risque de transmission à son entourage.

C’est pourquoi le ministre insiste sur l’importance de consulter rapidement en cas de symptômes suspects, plutôt que d’attendre une aggravation de l’état de santé.

Kisangani apporte quelques raisons d’espérer

Si l’épidémie reste préoccupante, certains résultats enregistrés dans la Tshopo constituent néanmoins des signes encourageants. À Kisangani, où des cas avaient été enregistrés à la suite de contaminations liées à l’Ituri, les autorités ont notamment utilisé le remdesivir dans le cadre d’un traitement compassionnel.

Selon Samuel-Roger Kamba, les contacts considérés comme présentant un risque élevé et ayant bénéficié de cette prise en charge n’ont pas développé la maladie.

Le Ministre souligne également l’évolution favorable de plusieurs patients traités, certains ayant même jugés négatifs.

Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence. Ils ne constituent pas encore une preuve scientifique définitive de l’efficacité d’un traitement contre le virus Bundibugyo. C’est précisément le rôle des essais cliniques actuellement conduits par les équipes scientifiques.

La RDC mise désormais fortement sur la recherche scientifique pour améliorer la prise en charge des patients et mieux comprendre cette souche du virus.

Plusieurs traitements sont étudiés, notamment le Remdesivir, le MBP134, un anticorps monoclonal, ainsi que leur combinaison. L’Obeldesivir, administré par voie orale, fait également l’objet d’un essai clinique. Son éventuelle efficacité pourrait notamment constituer une avancée importante dans la protection des personnes fortement exposées au virus.

Le Gouvernement veut ainsi disposer de données scientifiques solides afin d’orienter ses décisions et d’éviter de tirer des conclusions définitives à partir de simples observations de terrain.

Le vaccin également mobilisé

La vaccination constitue un autre volet important de la riposte. La RDC dispose déjà d’un vaccin utilisé contre le virus Ebola Zaïre. Plus de 265.000 personnes avaient été vaccinées lors de l’épidémie de 2018.

La question actuelle est de savoir si cette vaccination peut également offrir une certaine protection contre le virus Bundibugyo. Des observations préliminaires sont jugées encourageantes. Certaines personnes précédemment vaccinées auraient soit évité la maladie, soit développé des formes moins sévères.

Des travaux expérimentaux auraient également montré des résultats favorables, tandis que des anticorps capables de réagir contre le Bundibugyo auraient été observés après vaccination contre le virus Zaïre.

Mais le Ministre reste prudent : ces éléments doivent encore être confirmés scientifiquement.

Dans cette perspective, plus de 20.000 doses destinées à la recherche et environ 70.000 doses pour une utilisation conventionnelle ont été annoncées. Une partie des doses doit notamment contribuer à la protection des agents de santé particulièrement exposés.

Kinshasa doit rester calme, la surveillance demeure active

Pour l’heure, Kinshasa reste donc à l’écart du foyer de l’épidémie, même si la capitale fait naturellement l’objet d’une surveillance renforcée.

L’enjeu pour les autorités est désormais double : contenir la propagation du virus dans les provinces affectées et empêcher son introduction dans les grands centres urbains, notamment la capitale.

La situation dans l’Est exige une mobilisation sans relâche. Mais à Kinshasa, le message des autorités se veut rassurant : pas de cas confirmé, pas de raison de céder à la psychose, mais une vigilance qui doit rester de mise.

La lutte contre Ebola se joue ainsi autant sur le terrain sanitaire que sur celui de l’information. Dans ce contexte, la fiabilité des données et la responsabilité dans le partage des informations deviennent elles-mêmes des armes essentielles contre la propagation de la peur.

Masiala T.

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